Grâce à une recette trouvée sur le net, je n’eus aucun mal à faire sauter la porte. C’est Bazook, sur le forum de jexplosetout.com qui m’avait communiqué la recette de cet explosif. Quand on dit qu’internet rend con, ça me fait doucement marrer.

Une fois la porte à terre et avant que la fumée ne se soit dissipée, je fis irruption dans le bureau de ma cible. 32e étage, murs insonorisés, lignes téléphoniques arrachées, parfait. A l’intérieur, deux hommes. Ma cible et son garde du corps.

Un coup d’œil à ma victime me fit sentir que quelque chose clochait.

Comprenez-moi. D’habitude, lorsque je pénètre sans y avoir été invité chez quelqu’un avec un flingue en main et en réduisant sa porte en confetti, je m’attends à un certain type de réactions : panique, surprise, colère, abattement, etc. Alors que là, que dalle. C’est tout juste s’il daigna lever la tête du dossier qu’il consultait, confortablement assis derrière son bureau. Je ne devrai pas l’avouer, mais ça m’a vexé. Négligemment, comme s’il demandait à son garde du corps de fermer la fenêtre, il claqua des doigts en ma direction. Le message à son homme de main était clair : occupe-toi de lui.

C’était un Asiatique, avec une longue queue de cheval et un visage totalement inexpressif. Il marcha vers moi avec une félinité qui aurait dû m’alerter. Il ne manquait pas de couilles, le zigue. S’avancer vers un tueur armé alors que lui ne l’était pas, ça, c’est être sévèrement burné. D’autant plus qu’il faisait un mètre cube de moins que moi. Burné ou suicidaire. Quoi qu’il en soit, c’était une erreur et j’allais lui démonter. Je levai mon arme et visai son front. Il continua à avancer jusqu’à ce que le canon de mon pétoire vienne lui effleurer les sourcils. Toujours aucune expression sur son visage.

Après, je n’ai plus rien compris.

Alors que je commençai à presser la queue de détente, j’ai senti une vive douleur au poignet et la seconde d’après, je me retrouvai le cul par terre. Mon adversaire m’avait désarmé à une vitesse légèrement supérieure de celle de la lumière.

- Ha, j’ai oublié de te présenter, dit ma cible, soudain intéressé par la scène. Voici Chen. Il a grandi dans un temple ninjutsu et après avoir terrassé tous ses maîtres, il a émigré ici où je l’ai pris à mon service. Il maitrise 17 arts martiaux et peut réduire en copeaux un baobab avec son auriculaire. Chacun de ses membres est une arme de destruction massive. Chen, montre-lui.

Alors que je me relevai péniblement, il jeta mon arme, indigne de son talent, et me balança un atémi qui m’émietta quelques côtes. Il frappait dur, le salaud. J’eus l’impression de m’être fait emplafonner par un poids lourd. Je comprenais mieux pourquoi son patron avait l’air si tranquille.  Avec un garde du corps comme ça, il pouvait dormir sur ses deux oreilles. Quoi qu’il en soit, je n’avais pas l’intention de me laisser faire. J’avais un boulot à finir et une humiliation à sanctionner. Tout maître de machin jutsu qu’il était, il devait avoir un point faible. Et comme chez tous les hommes, il se situait sous la ceinture. Malheureusement, mon pied n’atteignit jamais ses couilles. Devinant mon coup de tatane, il me balaya avec une facilité déconcertante. Une fois de plus, je me retrouvai à embrasser la moquette. Il commençait à me les briser menu-menu, Bruce Lee ! J’attrapai une chaise avec l’intention de la lui écraser sur le coin du menton. Il contra avec son avant-bras et la chaise se disloqua sans qu’il n’émette la moindre plainte.

Ensuite, je vous passe les détails. Tout tueur que je suis, j’ai aussi mon amour propre. Tout ce que je peux vous dire, c’est que j’en ai bavé. Son patron semblait prendre un certain plaisir à me voir déguster. Il applaudit même lorsque son sbire me déboita la mâchoire d’un coup de pied retourné sauté. Alors que, titubant, je me retrouvai face à mon adversaire, dans l’attente d’un nouveau mawashitsunami , un souvenir resurgit. Une technique de combat que je n’avais pas utilisée depuis mes quinze ans. A l’époque, elle m’avait permis de venir à bout de Serge Duclos, 5ieme B, lutteur de son état, aussi bête que costaud.

Je tournai autour de mon Jackie Chan (mais en moins drôle) jusqu’à ce qu’il se trouve dos à la fenêtre. Ensuite, un molard en pleine tête. Il ne s’y attendait pas à celle-là ! Instinctivement, il porta les mains à son visage pour s’essuyer. J’en profitai pour lui marcher sur le pied. Puis je le poussai. Son pied coincé, il ne put rétablir son équilibre et bascula par-dessus la fenêtre ouverte. Là, il regretta toutes ses vaines années passées à apprendre à se battre. A la place, il aurait mieux fait d’apprendre à voler. Il avait beau avoir été élevé chez les tortues ninjas, il s’écrasa comme une grosse daube.

L’autre, en face, ne ricanait plus. Il adoptait enfin le type de réaction que j’attendais de l’une de mes victimes. La terreur.

Je le balançai par la fenêtre. Lui aussi eut trop peu de temps pour apprendre à voler.

Moi, je suis moins con. Pour descendre, j’ai pris l’ascenseur.

 

                                        

Par le tueur de gens - Publié dans : Mes aventures
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