Si mon séjour chez les esquimaux s’était « relativement » bien déroulé, mon retour au pays beaucoup moins.
Pourtant tout avait plutôt bien débuté. Je n’avais mis que dix-neuf heures pour rejoindre l’aéroport, il faisait à peine -27°C dans la salle d’attente et le bar servait du jus de litchi. Ca aurait pu être bien pire. En attendant mon vol, j’avais acheté le dernier numéro de « Glaçon Magasine », celui où il y avait Miss Antartica en page centrale. Pour La Reine du Grand Froid, elle avait une chute de reins à faire fondre la banquise.
Après qu’une voix suave m’ait invité à me rendre dans la salle d’embarquement, j’ai rejoint la file d’attente devant la douane. Mon faux passeport passa comme une balle de 44 dans une motte de beurre. Quinze minutes plus tard, je me suis retrouvé confortablement installé avec un hublot à ma gauche et une hôtesse à ma droite. Plutôt mignone l’hôtesse. Je l’aurais bien complimenté avec le langage des mains.
C’est après que le zinc ait décollé que ça a commencé à se gâter.
J’étais là, paisiblement, à siroter ma liqueur de litchi, lorsqu’ils ont déboulés. Ils étaient trois, habillés de la même façon. La première question qui me vint à l’esprit fut de savoir comment des types, avec plus d’ 1/10 à chaque œil, pouvais porter de telle fringues sans mourir foudroyés par le Dieu Du Mauvait Goût.
La seconde fût de savoir comment ils s’y étaient pris pour ramener tous ses flingues dans l’avion.
Même moi, j’avais dû me séparer, la mort dans l’âme, des mes vieux potes Smith et Wesson avant de monter dans l’avion. Pour eux, cela n’avait apparemment pas posé de problème. Ils semblait même assez fier d’avoir réussi cet exploit. Il fallait voir comment ils frimaient avec leurs calibres en mains. Et vas-y que je te menace le stewart, que je mets en joue une passagère, que je terrifie un gamin. Moi, avec de telles fringues, je me la serais joué plutôt discret. Ces idiots réussirent à effrayer ma voisine qui compressa ses 130 kilos de barbaque pour hurler comme une démente. Elle me cracha un bon millier de décibels dans les oreilles et lacéra mes tympans. Pourquoi n’étais-je pas devenu sourd plutôt que muet ?
Pour la faire taire, j’ai dû user des coudes - juste à la pointe du menton-. Il m’a fallut me précipiter pour enlever mon verre de la tablette, avant qu’elle ne s’écroule dessus.
Les trois types avaient l’air plutôt nerveux. Ils parlaient une langue étrange, un mélange de sino-polonais avec une pointe d’accent mexicain. Après une longue palabre, l’un d’eux nous annonça dans un anglais approximatif que l’avion allait être détourné vers le Gelboukistan.
Le Gelboukistan… mais c’est vachement loin, ça ! Et ma mère qui m’attendait pour le dîner ! Je ne pouvais pas me permettre une escapade à l’autre bout de la terre ! En plus, avec un nom aussi ridicule et des habitants qui se fringuaient aussi mal, ce pays ne me disait rien qui vaille.
« Et voilà, me suis-je dit, va falloir que je fasse des heures sup, et pour pas un rond. » Bien sûr, c’était contres mes principes de tueur de gens professionnel, mais je n’avais pas trop le choix. Et puis parfois, il faut être humble et donner de sa personne sans compter. Comme le dit ma mère, un jour, mon bon cœur me perdra.
De toute façon, je n’allais pas laisser des types fringués en clown faire leur loi.
Si j’avais laissé mon calibre au pays du grand froid, je n’étais pas monté dans l’avion totalement à poil. Faut pas déconner non plus, j’suis un pro, moi. J’ai débouché mon stylo-sarbacane, y ai introduit la petite flêchette dissimulée dans le capuchon et un souffle plus tard, l’un des gars s’écroulait. Le poison venait d’un petit artisan local que j’avais rencontré au pôle Nord. Il travaillait selon des traditions ancestrales et avec un respect du travaille bien accomplie que l’on ne rencontre que rarement de nos jours dans la profession. Des relations de travaille comme ça, j’en souhaite à tous.
Le deuxième, je l’ai eu à la jugulaire, pendant qu’il se baissait pour ramasser son pote. Un bon coup de tatane et hop … Lui non plus, il n’a pas fait un pli. Faut dire, j’ai toujours chaussé du grand.
Le dernier, je l’ai un peu moins abîmé. J’avais envie de savoir comment il avait fait pour ramener son attirail à bord. Alors que j’en étais à son huitième doigt, il m’a expliqué le truc.
Pas con comme combine, mais je ne crois pas que je tenterai le coup. Ca doit faire trop mal au cul.
Après que le calme soit revenu, je me suis rassi à ma place et en ai profité pour en remettre un petit coup à ma voisine, histoire d’être sûr qu’elle ronflerait tout le long du voyage. Bercé par la satisfaction d’avoir accomplie du bon ouvrage, je me suis moi-même endormi.
Quelques heures plus tard, nous arrivâmes sans encombre à l’aéroport et je me suis discrètement esquivé avant que l’on ne me pose trop de questions. De toute façon, je n’avais pas de temps à perdre. Ma mère m’attendait pour dîner.
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