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APRES LE NOIR, LE BLEU

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Je m’appelle Sol mais tout le monde m’appelle George. Allez savoir pourquoi ? Pourtant Sol est un nom facile à se rappeler. Il n’y a qu’une syllabe, trois lettres. Je me serais appelé Anthanagor à la rigueur, je comprendrais... Cependant, tout le monde continue à m’appeler George, même les gens qui me connaissent. Mais bon, ce n’est pas bien grave, des gens, je n’en connais pas beaucoup. Et ceux que je connais, ils ne vivent pas assez longtemps pour me causer des soucis.

Je suis tueur professionnel. J’insiste bien sur le « professionnel » pour ne pas que l’on s’imagine que je fais ça par plaisir. C’est juste un boulot. Avant j’étais plombier. Cela me plaisait bien, toutes ces histoires de fuites à colmater et ces tuyaux qu’il fallait emboîter dans tous les sens. Mais de nos jours, les robinets fuient de moins en moins et les siphons se débouchent avec une pincée de chimie. Plus personne n’a besoin de plombier.

Alors j’ai dû me reconvertir.

J’ai échangé ma caisse à outils contre un Beretta et mon bleu de travail contre un costard et des lunettes noires. Et je tue des gens.

Bien sûr, au début j’ai eu des petits problèmes de conscience, c’est normal. Ce n’est  pas très courtois de flinguer des gens. On peut rapidement passer pour un salaud. Puis, je me suis dit que je n’étais pas vraiment un assassin vu que je tuais pour de l’argent. Ce n’est pas comme si je faisais ça par plaisir. C’est un boulot comme un autre, en somme. On me dit où, quand, comment, et moi j’agis. Je suis un simple prestataire de service. Il y a bien des épistémologistes, des dresseurs de puces, des cosmonautes, des chefs d’orchestres, alors pourquoi pas des tueurs ? Et puis s’il n’y avait pas de tueur, qui tuerait les gens ?  Ca, personne n'y pense. Ce n’est pas que ça m’enchante de flinguer, mais il faut bien vivre.

C'est pourquoi, je vous propose, à travers ce blog, de suivre mes aventures afin de redorer le blason d’une profession injustement décriée.

La préparation de mes contrats étant longue et accaparante, je ne peux  vous promettre de mettre régulièrement ce blog à jour, ( pour en être averti, vous pouvez vous inscrire à la newletter.) Mes connaissances en informatique étant à peine plus riches que celles en astrophysique quantique, je ne puis prétendre vous en mettre plein les yeux. Par contre, je peux vous assurer que vous trouverez ici des esquimaux, des litchis, des gros calibres, une femme merveilleuse ainsi que tout ce qu’il y a à savoir sur un tueur de gens.

 

 

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Par le tueur de gens - Publié dans : Présentation
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Ce jour là, comme tous les premiers lundis du mois, je devais aller manger chez ma mère. Comme tous les premiers lundi du mois, j’étais en retard. Je me rasai, fini en vitesse ma boite de litchi et me précipitai à l’arrêt de bus. Au passage, un jeune freluquet percé de partout me bouscula et failli me renverser. Au lieu de s’excuser, il m’insulta avant de se tirer en courant. Le p’tit con ! Je lui aurais bien collé un pruneau pour lui apprendre la politesse !

Je m’énerve, je m’énerve, mais en fait tout ça n’est pas sérieux. C’est pour faire plus dur que je dis ça, plus crédible. En fait, en dehors de mon boulot, je ne ferais pas de mal à une mouche. Même lorsqu’elles font bzzz,bzzz toute la nuit dans ma chambre. (Les moustiques par contre, c’est pas pareil. Faudrait tous les exterminer. ) Et puis, qu’aurais-je gagné à descendre ce guignol ? Personne ne m’aurait payé pour ça. Je n’ai pas choisi ce métier pour faire du bénévolat.

Depuis la mort de mon père, il y a 27 ans, ma mère avait tendance à perdre la notion des proportions. Une guêpe avait piqué mon père au mauvais endroit alors qu’il faisait pipi contre un arbre. Il était mort en trois heures et lors de l’enterrement, on avait dû renoncer à présenter le corps à la famille tant l’énorme bosse qui déformait son pantalon prêtait à l’indignation. Depuis, ma mère mettait des vêtements trop larges ou trop jaunes,  dormait 76 heures d’affilées  ou restait des nuits entières éveillées, se mouchait dans des mouchoirs de la taille d’un drap, écrasait les moustiques au pied de biche ou payait son loyer en pièce de cinq centimes. Pour la nourriture c’était pareil. Il y en avait souvent trop. «  Mais mange donc, George » me disait-elle en remplissant pour la cinquième fois mon assiette de potée auvergnate. « Tu es en pleine croissance, il faut que tu prennes des forces. » Ma mère avait quelque fois tendance à oublier que j’avais 43 ans.

Ce jour là, j’avais eu le droit à une choucroute garnis après mon assiette de couscous. Deux assiettes plus tard, d’un signe du pouce, je lui expliquai que je n’en pouvais plus et lui fit comprendre qu’il était inutile de m’apporter l’immense forêt noire que j’avais vue dans le frigo. Il occupait deux compartiments à lui tout seul ! Une boite de litchi suffirait amplement. En m’apportant ma boite, elle me fit part des soucis qu’elle avait en ce moment avec son magnétophone. Elle ne pouvait pas écouter la compilation que l’une de ses voisines, Madame Petiau, lui avait offerte. Je dus lui expliquer du mieux que je pus, qu’un compact disque ne pouvait pas s’écouter sur un magnétophone.  Après, nous avons regardé la télé ensemble puis elle s‘est endormie dans son fauteuil. Sans faire de bruit, je me suis levé, ai remonté la couverture sur ses jambes, l’embrassai sur le front et je suis parti. Bien sûr elle pouvait se réveiller d’une seconde à l’autre mais elle était également capable de ne pas refaire surface avant des jours. Je ne pouvais pas attendre indéfiniment ; j’avais un rancart.

Je regardai ma montre. Quatre heures moins le quart. J’avais un petit peu de temps avant mon rendez-vous avec Tornade, ma patronne. J’en profitai pour aller chez le Chinois du coin m’acheter quelques boites de litchis. Au passage, j’entendis une radio émettre « Stranger in a night », chanté par Sinatra. Je me mis à la siffler mentalement tout le long du chemin.

 C’est bête que je sois muet, sinon je suis sûr que j’aurais fait un excellent chanteur. Peut-être même meilleur que tueur. Ma mère me disait souvent, lorsque j’étais petit, que je chantais comme un rossignol. Mais à l’âge de dix ans, j’ai mangé une boite de litchis périmés et j’ai perdu la voix.

Cela n’arrive jamais me diriez-vous. Et bien si. Moi ça m’est arrivé.

 Depuis je me gave de litchi en boite avec l’espoir de tomber sur une qui fera contre effet. Je sais, ce n’est pas terrible comme thérapie mais s’est tout ce que j’ai trouvé. Et puis, j’aime bien les litchis.  

Mais ce n’est pas si catastrophique que ça de ne pas parler. Cela ne me gêne pas pour tuer des gens. Et puis ma patronne, ça l’arrange. Elle est sûre que même sous la torture, je n’irai pas la balancer. Elle est gentille ma patronne. Et puis qu’est-ce qu’elle est belle !  Elle est belle comme quelque chose qui serait beau…, mais encore plus. Je crois que c’est la seule personne que je pourrais flinguer gratuitement, si elle me le demandait gentiment.

Je me suis donc pointé au Waldo’s Bar à cinq heures précise. Le bar n’étant pas encore ouvert au publique, c’est Tonio qui m’a ouvert la porte.

Celui-là, je payerai cher pour que quelqu’un me paie pour le dessouder. Avec sa gueule d’équarrisseur et ses muscles gonflés aux stéroïdes, il se prenait pour un pro. Pourtant, dieu sait qu’il n’était pas une épée dans l’art de la flinguerie. C’était plutôt un casseur de pierre  qu’un tailleur de diamant. Ah, bien sûr, si vous aviez un chantier de démolition à préparer, c’était l’homme qui vous fallait. Il vous nettoyait une place publique à coups de bazooka en moins de cinq minutes. Mais pour ce qui était de la subtilité, du doigté, de la poésie, c’était autre chose. C’est pas lui qui vous ferait un petit trou bien propre, bien circulaire, au milieu du crâne. Quant à l’art de la strangulation à deux doigt, c‘est tout juste s’il arrivait à l’épeler. Ce type serait incapable de manier de l’explosif si le système de mise à feu dépendait de plus d’un fil. Lui,  ça serait plutôt le genre à chasser le moustique à la grenade. Des type comme çà, c’est la honte du métier. Et puis je le soupçonnai d’aimer vraiment ça, descendre des gens. Ce n’est pas très professionnel. A ce moment là, il n’y a aucune raison pour qu’on le paye. Tout travail mérite salaire, mais vu qu’il adorait ça, ce n’était plus du travail.

- Bah alors, on ne dit pas bonjour, George ? me demanda Tonio, encadrant la porte, un sourire en coin ?

Celle-là, il adorait me la faire. D’un signe du majeur, je lui signifiais d’aller se faire foutre.

- Ben dis donc, t’es pas très causant aujourd’hui, rajouta t’il avant de se marrer.

Mon deuxième majeur apparut.

- Tu sais, c’est pas très poli de ne pas répondre aux gens, George.

Il y a des fois ou je regrette d’avoir vendu ma caisse à outils de plombier. Je lui aurais bien laissé l’empreinte de ma clé plate de 52 sur le coin du nez.  On aurait bien vu s’il avait toujours envie de se marrer avec 550 grammes de chrome-vanadium dans les dents.

« Laisse-le entrer » ordonna une voix douce mais cinglante à l’intérieur du bar.

C’était Tornade, ma patronne.

Tonio me fit une révérence en m’invitant à entrer. Je me surpris à calculer d’après son poids et la densité de l’eau du fleuve, le leste qu’il me faudrait pour qu’il passe les cent prochaines années à raconter ses conneries aux poissons.  Simple réflexe professionnel.

Tornade était assise sur un tabouret, le coude négligemment posé sur le comptoir. Elle portait une belle robe qui ne laissait apparaître qu’une fine partie de ses délicates chevilles. Sa longue chevelure blonde descendait en cascade le long de son dos pour rejoindre une courbure de reins à descendre le bon dieu. Elle était tellement éblouissante que je dus enfiler mes lunettes de soleil. Que voulez-vous ? Je suis muet, pas aveugle. C’était vraiment la fille la plus belle qu’il m’avait été donné de rencontrer. Après ma mère, bien entendu.

Elle me fit signe de m’assoire à coté d’elle et commanda au barman une boite de litchi. Quand je vous disais qu’elle était gentille. Elle les faisait importer directement de Pékin, rien que pour moi.

D’un claquement de doigt, elle fit disparaître le barman et me demanda :

- George, puis-je une nouvelle fois compter sur la confiance que je porte à ton égard ?

En plus, vous avez vu comment elle parle bien ! C’est pas dans tous les boulots que l’on a un tôlier qui vous parle comme ça.

D’un signe de la tête, j’acquiesçais.

Elle me tendit une grosse enveloppe.

- C’est un contrat standard, cela ne devrait pas te prendre plus de trois jours. Les modalités sont à ta convenance. Ton avance est dans l’enveloppe, jointe avec la photo de la cible. Ton gage est le même que pour tes précédentes interventions. Je me suis permis de le majorer de sept pour cent, pour tes faux frais.

Au prix des balles en tungstène de nos jours, cela faisait plaisir de voir un employeur s’impliquer. Les fournitures sont devenues tellement chères qu’un simple couteau de lancer vous coûte autant qu' un kilo de caviar! Et une bonne hache, bien trempée, avec un axe de dépouille n’excédant pas les douze degrés, vous savez combien ça coûte ? Je ne parle même pas de la hausse du court du pain de plastique, hors de prix. A ce rythme là, il ne faudra pas s’étonner de voir des professionnels travailler à la sarbacane ou au lance-pierres dans un avenir proche.

Je l’ai remercié mais comme je suis muet, elle n’a rien entendu.

Ensuite, nous avons parlé de choses et d’autres (surtout elle), puis je suis parti. J’avais du boulot.

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Par le tueur de gens - Publié dans : Mes aventures
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Cela faisait trois jours que je suivais ses faits et gestes et je venais enfin de trouver une opportunité. Jusqu’à présent, entouré de ses trois gardes du corps, il m’avait été très difficile de passer à l’action. Mais ma patience, accompagné de quelques boites de litchis avaient eu raison de sa méfiance. A présent, il était accompagné d’un unique porte-flingue et je doutais que lui-même soit armé.

Déguisé en balayeur, ils ne firent pas attention à moi lorsqu’ils me dépassèrent. Le zoo, à cette heure de l’après midi, commençait à se vider. Ce qui m’arrangeai. Tout comme la blouse blanche chez le pharmacien ou le crayon derrière l’oreille de l’épicier, la discrétion était quelque chose d’incontournable chez le tueur de gens.

Je me mis à les suivre.

Lorsqu’ils s’arrêtèrent devant la cage des lions, je m’arrêtai également et fit semblant de vider une poubelle. Il y avait dedans un vieux chewing-gum bleu, un trognon de pomme sans sa queue, un joli caillou avec des trucs qui brillaient dedans, une bouteille de jus de fruit à haute teneur énergétique (mais sans litchi), une cravate,  un porte-clés avec un Mickey qui s’était fait croquer une oreille, une photo déchirée d’un type à lunettes, une pile, ainsi que plein de journaux. Je mis la jolie pierre dans ma poche, repris mon balai et recommençai à balayer..

Ils reprirent leur marche et je les suivis de nouveau. En passant devant les girafes, je ne leur accordai qu’un coup d’œil  hâtif.  C’était dommage car j’aimais bien les girafes. C’était jaune, c’était grand, et ça n’emmerdait personne. J’espère ne jamais avoir de contrat avec une girafe comme cible.

Ils s’arrêtèrent de nouveau, cette fois-ci devant l’enclos des pingouins, et je sentis enfin que le moment était le bon. D’un coup d’œil ( le gauche, le plus performant), je vérifiai qu’il n’y avait personne aux alentours et sorti mon silencieux. C’était un nouveau et pour être honnête, je crevai d’envie de l’essayer.

Le garde du corps mourut sans même s’en apercevoir. Il dut juste avoir eu le temps de  ressentir une légère piqûre sur sa nuque et pfff…, direction le paradis des gardes du corps. Avec l’expérience j’en suis venu à conclure que les gardes du corps gagneraient en longévité s’ils s’occupaient de davantage garder  leur corps plutôt que celui de leur patron.

Acculé par la rambarde des pingouins et menacé par le canon d’un revolver tout neuf, seul avec un macchabée qui lui écrasait les pieds, la cible me regarda, apeuré.

- Vous…vous êtes venu pour me tuer, c’est ça ?

Je restai sans voix devant tant de perspicacité.

- Attendez, attendez….On va s’arranger. J’ai de l’argent, beaucoup d’argent. Je vous paie le double de ce que l’on vous a proposé, le triple…

Et voilà, toujours la même rengaine ! Les gens ne peuvent-ils pas mourir sans en faire obligatoirement tout un cirque ? Et puis ce qui m’avait toujours intrigué, c’est que l’on me proposait à chaque fois plus que ce que j’étais payé, sans même connaître mon salaire. Qui lui disait qu’il avait assez d’argent ? C’était insultant tout de même. De toute façon, j’aurais refusé. Je suis un tueur honnête, moi. C’est pas parce que l’on flingue son bonhomme de temps en temps que l’on doit n’avoir aucune morale.

D’une main experte, je m’ouvris une boite de litchis tout en continuant à le tenir en joue de l’autre. Maintenant qu’ils avaient placé des ouvertures rapides sur les boites de litchis, c’était un vrai jeu d’enfant. D’un coup de doigt, on pouvait s’en ouvrir une tout continuant à surveiller sa cible. (Etant fourbe par nature, il faut toujours bien surveiller sa cible si l’on ne veut pas avoir de surprise.) Et puis, grâce à cet immense progrès de la science, je n’avais plus à me balader avec un ouvre-boîte dans la poche. Cela a l’air de rien comme ça, mais si vous saviez le nombre de costumes que j’ai troué avec cette saloperie... Je paye déjà bien assez cher de teinturier comme ça,  avec tous ces types qui ont la mauvaise habitude de s’agripper à vous, du sang plein leur chemise. Eux sont déjà tout tâchés, ce n’est pas la peine de tâcher les autres. Quel égoïsme.. !

Sentant qui lui restait trop peu de temps pour découvrir un vaccin contre la mort, ma cible me supplia :

- Je vous en supplie, ne me tuer pas ! Il doit y avoir une erreur ! JE NE PEUX PAS MOURIR !

 Pourquoi criait-il ainsi ? Je ne suis pas sourd, je suis muet.

- C’est impossible ! Il doit y avoir une erreur, oui c’est ça…une erreur !   Je ne peux pas mourir, je n’ai même pas trente ans ! Et puis j’ai cinq peignoirs avec mon nom brodé dessus et six cartes de crédit ! On ne peut pas mourir quand on a tout ça, hum ? Et ma piscine, qui  va en payer les traites ? Ce ne serait pas honnête envers les vendeurs de piscine ? Je vous en prie ! Ne me tuer pas !

Je me mis à réfléchir cinq secondes à ses arguments lorsque qu’il en profita pour tenter se tirer. Quand je vous disais que la cible est fondamentalement fourbe ! On peut pas lui faire confiance.

Ma première balle passa à quelques millimètres de son oreille. Il allait avoir du mal à entendre pendant un certain temps, mais ce n’était pas grave puisque la deuxième le toucha en plein front. Pas mal ce nouveau flingue ! Il s’écroula. En toutes choses, malheur est bon car si je ne l’avais pas tué, il aurait put se faire très mal aux genoux en tombant comme ça. Je lui en collai une dernière, histoire de justifier mes 7% de fourniture.

Je finis mes litchis et allai vider les lieux lorsque j’entendis une plainte déchirante derrière moi. Vif comme un éclair qui aurait bu beaucoup de jus d’orange, je me retournai, mon nouveau jouet à la main.

C’est son regard qui capta tout d’abord mon attention. A travers ses yeux humides, je pus déceler de la peur, de la douleur ainsi que quelque chose d’indescriptible. C’était comme si la banquise se faisait progressivement engloutir par la mer. Je sais, c’est pas très évocateur comme pensée, mais c’est vraiment l’image que j’en ai eu. Des icebergs coulant à pique dans un océan hostile. Brrr, ça m’a donné froid partout. Et puis il y avait beaucoup de tristesse dans la fente de ses yeux noirs. Je pense que si je n’avais pas été un tueur de gens, j’aurais pleuré. Mais les tueurs de gens ne pleurent pas, même sous la pluie. Allez savoir pourquoi ?

Il se dandinait du haut de ses soixantes centimètres sur un faux bloc de glace, son  bec jaune piaillant de détresse. J’aperçus également le trou que lui avait laissé la première balle que je prédestinai à ma cible. Je ne sais pas si les pingouins ont des épaules mais le projectile avait touché dans ce coin là. Une fine rigole de sang coulait le long de son beau pelage.

Alors j’ai craqué. Que voulez-vous, ce n’est pas parce que distribue du plomb que l’on doit avoir un cœur de pierre. Je ne pouvais pas le laisser là tout de même, avec une bastos qui ne lui appartenait pas dans l’épaule . Tout ça, c’était la faute à l’autre abruti, là. J’avais bien fait de le descendre.

J’ai pris une grosse poubelle, enjambé la balustrade et l’ai foutu dedans. Puis je suis parti le plus naturellement du monde, avec ma grosse poubelle et l’ai ramené à la maison.

Et voilà. Cela fait maintenant trois semaines que Poubelle (c’est comme ça que je l’ai appelé) vit à la maison. Je lui ai ôté cette saloperie de pruneau et lui ai fait un petit nid douillet dans mon frigo. J’ai même enlevé l’ampoule, pour qu’il puisse dormir tranquille la nuit. Je lui ai montré le bac à glaçon ( au cas ou il aurait soif) et lui donne des sardines congelées au petit déjeuné. J’ai essayé les litchis mais il n’a pas l’air d’accrocher. Dans la journée, je vais travailler pendant qu’il se prélasse dans la baignoire et le soir, je lui passe des films sur le Grand Nord.

Malgré tous mes efforts, je sens bien qu’il s’ennui. Bien sûr, il est trop poli pour me le dire ouvertement, mais je vois bien son regard rêveur lorsqu’il entend la musique du marchand de glace ou lorsque il regarde du patinage artistique à la télé. Il rêve de banquise, de couché de soleil interminable ainsi que de blancheur. Peut-être même de pingouines 

Alors j’ai pris une grande décision. On va émigrer au pôle Nord.

 Je trouverai sûrement du boulot là-bas. Les esquimaux doivent bien se faire tuer aussi.  Si cela se trouve, c’est très bon les litchis glacés. Et puis surtout, il ne doit pas y avoir de moustiques au pôle Nord. Je déteste les moustiques. Oui, c’est ça, partons au pôle Nord. J’ai un peu d’argent de coté, un laissez-passer pour partout calibre 9 millimètres et vu que je suis muet, je n’aurais pas à apprendre l’esquimau, langue qui m’a l’air assez difficile.

Pôle Nord, nous voilà ! 

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Par le tueur de gens - Publié dans : Mes aventures
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L’atmosphère aux « 3 Caribous » était torride, suffocante. Il devait faire au moins dans les –5°C dans ce bar/igloo. Je sais, ça ne fait pas beaucoup mais pour un esquimau, c’est la canicule. J’ai ai même vu qui attrapaient des coups de soleil à tous juste 0°. Pour eux, lorsque le thermomètre dépassait les 3 °C, il y avait risque d’insolation.
J’étais bien sagement assis à une table, occupé à tremper mes litchis dans mon lait de yak et à observer l’assistance. En fait, j’avais beau me trouver au pôle Nord, je me rendais compte que tous les bars du monde se ressemblaient. Bien sûr, tous n’avaient pas une tête de mammouth en guise de trophée, des tables en os de baleine et une moquette en ours blanc véritable, mais il n’y avait pas de réelle différence. Ici les lourdes fumées de cigarettes étaient remplacées par une douce fragrance de poissons pourries et l’on servait les boissons dans des outres de phoque, mais à part ça, l’atmosphère était la même.
En un peu plus froide.
Des hommes trinquaient bruyamment, éclaboussant leurs moufles de jus de foie de phoque fermenté, coupé au sang de yak. Des pêcheurs racontaient leurs exploits, inévitablement rehausser de quelques exagérations. Des chasseurs jouaient aux dominos, une main sur leurs couteaux à dépecer. Dans un coin de l’igloo géant, se tenaient de vieux tanneurs ivres morts qui chantaient d’antiques chants folkloriques. Et ça riait, et ça dansait, et ça buvait… Quelle ambiance ! Dommage que j’étais là pour le boulot car, j’aurais bien aimé m’amuser avec eux. Surtout que depuis mon arrivé, il y avait une petite esquimaude qui me lançait des regards à faire fondre un iceberg. Qu’est-ce que vous voulez ? On peut être tueur de gens et aimer faire la fête.
Quoi qu’il en soit, ce soir-là je n’étais pas venu pour me la couler douce. J’avais un sacré client à liquider. Nanouk Toutou alias Nanouk  « le mamouth », dit « dents de scie », dit «  la hyène glaciale.»  32 ans, chef de nombreuses tribus, il avait la main mise sur le plus gros trafic d’huile de bébés phoques de tout le pôle Nord. Un vrai caïd. Il roulait avec des motos-neige de grosses cylindrées, se vêtaient des fourrures les mieux taillées, possédait cinq igloos de campagne, une femme qui avait été élu «  Miss Artique » trois fois de suite, ainsi qu’une meute de chien aussi rapide et meurtrière qu’une rafale de Kalachnikov. Bref, c’est ce qu’on appel un sacré client..
Pour l’occasion, j’avais choisi le harpon. Outre le fait qu’occasion rime avec harpon, j’avais choisi ce dernier en hommage aux traditions culturelles locales. Lorsque l’on est à l’étranger, il faut savoir s’adapter aux traditions, pratiquer les coutumes, s’intéresser quoi… Ca sert à cela le tourisme. C’est une simple marque de politesse. De plus, bosser aux harpons ajouterait un plus à mon C.V. Certains patrons  sont sensibles à ces choses-là. Bien sûr, c’est beaucoup moins maniable qu’un bon couteau de lancer mais bien plus exotique.
Le mien, je l’avais fabriqué à l’aide d’une branche de noyer ( j’en ai chié pour trouver un noyer par ici) et la pointe avait été façonnée dans un os de quelque chose. Sans vouloir me vanter, je crois qu’il était assez bien réussi. Je l’avais testé sur un bonhomme de neige, il n’avait pas fait un pli.
J’étais donc tranquillement assis, à attendre mon client, lorsque celui-ci entra. Deux mètres cubes de barbaque, un visage taillé à la hache, une mâchoire à mâcher de la dynamite ainsi qu’une odeur à faire fuir un yak en rut. J’en avais déjà dégommé de plus coriaces, mais je dois avouer que je l’aurais préféré petit et souffreteux. C’était tout à fait le genre de type à se délecter du cœur cru de ses ennemis. Pour me tranquillisé, je m’ouvris une nouvelle boite de litchis.
C’est amusant, les litchis on un autre goût au Pôle Nord. Pourtant c’étaient ceux que je faisais importer du pays. Essayez de manger un camembert au fin fond de la forêt amazonienne, et vous comprendrez ce que je veux dire.
Le type m’a jeté un drôle de regard en passant près de ma table. Faut dire qu’il n’y avait pas beaucoup d’étranger dans le coin. Qu’est-ce qu’un touriste pourrait bien faire ici, à part commencer une collection de bonhommes de neige ?
J’ai fais celui qui n’a rien remarqué et ai relacé mes santiags en peau de rennes. Il s’est éloigné pour parler bruyamment avec des types, au fond de l’igloo. Alors j’ai attendu et l’ai observé en jouant avec les poils de ma fourrure polaire. Qu’est-ce que vous voulez ? Je ne peux pas siffler, il faut bien que je passe le temps. Au bout de son cinquième verre, l’inévitable se produisit, et j’avais compté sur l’inévitable. Quel que soit l’endroit, les hommes ne changent pas. Il fallait qu’il sorte pour pisser.
L’inconvénient majeur dans un igloo, c’est qu’il n’y a pas de toilettes. Trop dangereux. Une fois, dans un endroit comme celui-ci, un poivrot avait pissé sur l’un des murs. Résultat 3 morts et 6 blessés graves. On avait retrouvé son corps enseveli sous une tonne de blocs de glace. Il avait fait fondre l’un des murs de maintient. Bien sûr, ce n’était pas agréable d’aller se soulager dehors, par des moins pas possible, mais cela faisait appel à la sécurité publique.
J’ai attendu quelques secondes, puis je l’ai suivi. Dehors, la neige trouait la nuit comme une mine à dispersion verticale. Je l’ai repéré au loin, titubant, se servant de son envie de pisser pour inscrire son nom dans la neige. Il semblait bien s’amuser. Ce n’était pas plus mal. J’ai déneigé le harpon que j’avais planqué là et me suis échauffé l’épaule. C’est important, l’échauffement. Beaucoup de tueurs de gens négligent l’échauffement et se retrouve après avec de douloureuses courbatures. J’en ai même connu un qui s’est récolté un mois mois d’arrêt maladie à cause d’une tendinite. Même en tuant des gens, faut pas hésiter à prendre soin de son corps. Moi, quand j’ai le temps, après une bonne tuerie, j’aime bien faire un peu de stretching. Ca détend.
J’en étais donc à faire des moulinets dans le vide lorsqu’il se retourna et m’aperçu. Très bien. Le Commanditaire désirait qu’il vit son assassin afin de comprendre l’erreur qu’il avait commise. L’air menaçant, la main sur la garde de son couteau, il s’approcha de moi. Je jugeai l’espace qui nous séparait ainsi que sa vitesse et en déduit qu’il serait à une distance idéal dans une quinzaine de pas. Je saisis le harpon, trouvai son centre de gravité et l’empoigna deux mains et demie plus bas. L’autre continuait à avancer vers moi, le visage déformé par un rictus rageur, un couteau à dépecer à la main, l’alcool et l’orgueil lui ayant ôté toute peur. Quant il eut fait cinq pas, je levais mon arme. Montrant les dents et ainsi sa volonté de dévorer mon cœur encore chaud, il fit cinq pas de plus. J’en profitais pour m’échauffer les cervicales. Ses cinq derniers pas me permirent de réguler les battements de mon cœur, ainsi que de juger de la force du vent. Puis je lançai le harpon. Celui-ci s’envola en décrivant une jolie courbe dans le ciel tacheté de blanc. Elle allait atteindre sa cible lorsque l’imprévisible se produisit. Ce qu’il y a d’embêtant avec l’imprévisible, c’est que l’on ne peut pas compter dessus. Un coup du sort avait voulu que Nanouk s’emmêle les raquettes quelques secondes avant que le harpon ne l’atteigne. Il s’affala dans la neige, l’arme se plantant à une vingtaine de centimètres de lui. Plus furieux d’avoir chuté que d’avoir échappé de si peu à la mort, il se releva en vociférant et se mit à courir vers moi, son couteau toujours à la main. Son visage déformé par la rage et la cruauté me fit instantanément penser que, si en plus de mon cœur, je ne voulais retrouvé mon foie et mes intestins au fond son estomac, il me fallait réagire.

Je jetais un regard autour de moi, à la recherche d’une éventuelle issu de secours, pour m’apercevoir que cela s’annonçait encore moins bien que ce que j’espérais. Les clients des « 3 Caribous » étaient sortis pour assister au spectacle et je doutais qu’ils me permettent  tout repli stratégique avant de m’avoir arraché quelques organes. Certains encourageaient bruyamment leur chef, d’autres m’insultaient. Bref, l’ambiance n’était pas très bonne. Et l’autre là, le Nanouk, qui continuait à se rapprocher de plus en plus dangereusement de moi, comme on se rapproche sournoisement d’une dinde la veille de Noël
A ce moment là, je me suis demandé si les litchis avaient bon goût en enfer.
Puis j’ai réagi.
Au diable les traditions ! Rien ne vaut les bonnes vieilles méthodes. Et tant pis pour l’exotisme !

J’ai sorti mon petit P.38 et lui est vidé le chargeur en pleine tête. Ca l’a stoppé net. Du coup, tout le monde s’est tût. J’en ai profité pour recharger. Non, mais, ils s’attendaient à quoi ? Je n’allais pas me faire massacrer pour leur permettre de passer une bonne soirée.
J'avais réussi à reprendre la situation en main, mais j'ai bien senti que tout cela était temporaire. Déjà, certains commençaient à avancer lentement vers moi. J'avais beau les menacer avec mon arme, ils savaient que je n'aurais pas assez de pruneaux pour tout le monde, et semblaient assez énervés.
 Pour détendre l'atmosphère, je leur ai balancé mon plus beau sourire. Cela n’a rien changé. Ils continuaient lentement mais sûrement à m'encercler. Au passage, j'ai repéré une bonne quinzaine d'armes, certes rudimentaires, mais à fort potentiel de nuisance. Une défense de morse, cela peut être sympa posée au-dessus de cheminée, mais cela l'est beaucoup moins quand un type préfère vous l'enfoncer dans l’œil.
 Ne pouvant leur expliquer que je n'étais pas un mauvais bougre, et que tout cela n'était qu'une affaire de bisness ( est-ce que je m'ingérais dans leur vie professionnelle, moi?), j'ai préféré employer le Langage Universel. Celui de la poudre. J'ai tiré deux fois en l'air et ai profité d'un cours instant de désordre pour me frayer un passage entre eux. Je me suis alors rué sur la motoneige de feu Nanouk et un coup de kick plus tard, je démarrai en faisant crisser les pneus cloutés dans la neige. Un esquimau à l'esprit plus vif que les autres sauta à son tour sur une grosse cylindrée et entreprit de me suivre. Il me suivit sur cinq bons kilomètres avant qu'une boite de litchis ne l'atteigne en plein front. Il fit un très joli bond en arrière, quelque chose de très gracieux, mais s'écrasa comme une merde sur une plaque de verglas. Dommage. J'ai ensuite continué droit devant moi, le poignet vrillé autour de la poignée des gaz, regrettant la perte de ma boite de litchi.
C’est à la suite de cette histoire que j’ai décidé de rentrer au pays.
Tuer des gens n’est déjà pas un boulot facile, mais l’exercer par un froid à solidifier de l’acide est encore plus difficile. Ceux qui ont déjà essayé de dépecer un gugusse par -33° savent ce que je veux dire. Quitte à étrangler quelqu’un, je préfère le faire sans moufles. Et puis je crois que j’avais un peu le mal du pays. Ma mère me manquait, ma langue me manquait (non, pas celle-là, l’autre), le rôtie de porc me manquait et même ma patronne et ce crétin de Tonio me manquaient. Enfin, surtout ma patronne. Je ne vous ai jamais dit à quel point elle était belle ? Tonio, lui, il est moche comme un pou.
Oui, pas mal de choses me manquaient. Et cette petite armurerie du boulevard Clara Modestie... Ha, nostalgie ! J’en avais passé du bon temps là-bas. C’est dans cette boutique que j’avais acheté mon premier Beretta. Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était pour mon premier contrat. D’ailleurs, je ne sais plus trop ce que j’en ai fais. Ha oui, je me souviens ! Je l’avais filé à un gamin qui n’avait pas assez d’argent pour s’en payer un faux. Quand je vous disais que j’ai bon cœur... Peut-être même ai-je fais naître une vocation ?  
Bref, tout ça pour dire que j’avais décidé de rentrer au pays. Poubelle, le pingouin que j’avais failli descendre était tout à fait rétabli à présent et ma présence ici n’était plus que d’ordre professionnel. Quitte à refroidir des gens, autant le faire au chaud. C’est sûr, Poubelle allait me manquer mais il avait sa vie maintenant. Sa pingouine venait de mettre au monde une ravissante pingouinette et il avait mit au point une petite entreprise d’exportation de harengs. Il avait des responsabilités, maintenant. Il m’avait bien sûr proposé de me prendre comme associé, mais moi en dehors de la tuerie, je ne connais pas grand-chose. Cela aurait été des litchis, à la rigueur, j’aurais pu y réfléchir, mais des harengs...
Non, ma décision était prise. Il fallait que je rentre. De plus, ma commande de client arrivait à sa fin et les esquimaux susceptibles de succomber à une mort violente n’étaient pas si nombreux.
Alors j’ai fait mes valises et  réservé un vol pour rentrer au pays.
 
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       Si mon séjour chez les esquimaux s’était « relativement » bien déroulé, mon retour au pays beaucoup moins.

Pourtant tout avait plutôt bien débuté. Je n’avais mis que dix-neuf heures pour rejoindre l’aéroport, il faisait à peine -27°C dans la salle d’attente et le bar servait du jus de litchi. Ca aurait pu être bien pire. En attendant mon vol, j’avais acheté le dernier numéro de « Glaçon Magasine », celui où il y avait Miss Antartica en page centrale. Pour La Reine du Grand Froid, elle avait une chute de reins à faire fondre la banquise.  

Après qu’une voix suave m’ait invité à me rendre dans la salle d’embarquement, j’ai rejoint la file d’attente devant la douane. Mon faux passeport passa comme une balle de 44 dans une motte de beurre. Quinze minutes plus tard, je me suis retrouvé confortablement installé avec un hublot à ma gauche et une hôtesse à ma droite. Plutôt mignone l’hôtesse. Je l’aurais bien complimenté avec le langage des mains.

C’est après que le zinc ait décollé que ça a commencé à se gâter.

J’étais là, paisiblement, à siroter ma liqueur de litchi, lorsqu’ils ont déboulés. Ils étaient trois, habillés de la même façon. La première question qui me vint à l’esprit fut de savoir comment des types, avec plus d’ 1/10 à chaque œil, pouvais porter de telle fringues sans mourir foudroyés par le Dieu Du Mauvait Goût.

La seconde fût de savoir comment ils s’y étaient pris pour ramener tous ses flingues dans l’avion.

Même moi, j’avais dû me séparer, la mort dans l’âme, des mes vieux potes Smith et Wesson avant de monter dans l’avion. Pour eux, cela n’avait apparemment pas posé de problème. Ils semblait même assez fier d’avoir réussi cet exploit. Il fallait voir comment ils frimaient avec leurs calibres en mains. Et vas-y que je te menace le stewart, que je mets en joue une passagère, que je terrifie un gamin. Moi, avec de telles fringues, je me la serais joué plutôt discret. Ces idiots réussirent à effrayer ma voisine qui compressa ses 130 kilos de barbaque pour hurler comme une démente. Elle me cracha un bon millier de décibels dans les oreilles et lacéra mes tympans. Pourquoi n’étais-je pas devenu sourd plutôt que muet ?

Pour la faire taire, j’ai dû user des coudes - juste à la pointe du menton-. Il m’a fallut me précipiter pour enlever mon verre de la tablette, avant qu’elle ne s’écroule dessus.

Les trois types avaient l’air plutôt nerveux. Ils parlaient une langue étrange, un mélange de sino-polonais avec une pointe d’accent mexicain. Après une longue palabre, l’un d’eux nous annonça dans un anglais approximatif que l’avion allait être détourné vers le Gelboukistan.

Le Gelboukistan… mais c’est vachement loin, ça ! Et ma mère qui m’attendait pour le dîner ! Je ne pouvais pas me permettre une escapade à l’autre bout de la terre ! En plus, avec un nom aussi ridicule et des habitants qui se fringuaient aussi mal, ce pays ne me disait rien qui vaille.

« Et voilà, me suis-je dit, va falloir que je fasse des heures sup, et pour pas un rond. » Bien sûr, c’était contres mes principes de tueur de gens professionnel, mais je n’avais pas trop le choix. Et puis parfois, il faut être humble et donner de sa personne sans compter. Comme le dit ma mère, un jour, mon bon cœur me perdra.

De toute façon, je n’allais pas laisser des types fringués en clown faire leur loi.

Si j’avais laissé mon calibre au pays du grand froid, je n’étais pas monté dans l’avion totalement à poil. Faut pas déconner non plus, j’suis un pro, moi.  J’ai débouché mon stylo-sarbacane, y ai introduit la petite flêchette dissimulée dans le capuchon et un souffle plus tard, l’un des gars s’écroulait. Le poison venait d’un petit artisan local que j’avais rencontré au pôle Nord. Il travaillait selon des traditions ancestrales et avec un respect du travaille bien accomplie que l’on ne rencontre que rarement de nos jours dans la profession. Des relations de travaille comme ça, j’en souhaite à tous.

Le deuxième, je l’ai eu à la jugulaire, pendant qu’il se baissait pour ramasser son pote. Un bon coup de tatane et hop … Lui non plus, il n’a pas fait un pli. Faut dire, j’ai toujours chaussé du grand.

Le dernier, je l’ai un peu moins abîmé. J’avais envie de savoir comment il avait fait pour ramener son attirail à bord. Alors que j’en étais à son huitième doigt, il m’a expliqué le truc.

Pas con comme combine, mais je ne crois pas que je tenterai le coup. Ca doit faire trop mal au cul.

Après que le calme soit revenu, je me suis rassi à ma place et en ai profité pour en remettre un petit coup à ma voisine, histoire d’être sûr qu’elle ronflerait tout le long du voyage. Bercé par la satisfaction d’avoir accomplie du bon ouvrage, je me suis moi-même endormi.

Quelques heures plus tard, nous arrivâmes sans encombre à l’aéroport et je me suis discrètement esquivé avant que l’on ne me pose trop de questions. De toute façon, je n’avais pas de temps à perdre. Ma mère m’attendait pour dîner.

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J’ai tout de suite senti que ce type était un parfait connard. Pourtant, je ne suis pas le genre à juger quelqu’un d’un simple coup d’œil. Cependant, il ne faudrait pas confondre. Je suis muet, pas aveugle. Je sais reconnaître un parfait connard lorsque j’en rencontre un. Et celui-là battait des records. Je m’en suis aperçu au premier instant. Alors que je lui tendais la main, il a préféré garder la sienne dans sa fouille. A son regard méprisant, j’ai compris qu’il aurait plus volontiers baisé les pieds d’un lépreux plutôt que de serrer la main à l’un de ses sous-fifres. Pas grave. Je n’étais pas là pour me faire un ami.
Il a confirmé mon intuition en me disant : « Alors, c’est toi qui qu’est sensé me protéger ? Ben, j’espère que tu es plus coriace que t’en à l’air parce que excuse-moi, mais t’as pas la carrure à Steven Seagal . »
Je lui aurais bien fait sauter les deux rotules, histoire de voir si j’étais assez coriace pour lui, mais je me suis retenu. J’étais là pour le boulot. Plus exactement pour rendre service à Tornade.
Vous ai-je déjà parlé de Tornade, ma patronne ? Oui ? Non ? Vous ai-je déjà dit à quel point elle était belle ? A coté, Monica bellucci ressemble à un mérou. Bref, Tornade est le genre de femme à qui l’on ne peut rien refuser. Surtout lorsqu’elle vous demande si gentiment de lui rendre service. Pour elle, j’irais jusqu’en enfer pour trucider Belzébuth, avec son propre trident.
C’est au Waldo’s Bar qu’elle m’en avait parlé. Après une délicieuse assiette de litchis au caramel, elle m’avait demandé, je cite « s’il serait malavisé de songer que j’aurais l’obligeance de bien vouloir lui rendre un petit service. » Qu’est-ce qu’elle parle bien, hein ? Je suis toujours soufflé lorsque je l’entends. Bien évidemment, j’avais acquiescé. Là, elle m’avait expliqué qu’elle avait besoin d’un garde du corps. Je commençais déjà à rentrer en transe lorsque je compris que ce n’était pas son corps qui avait besoin d’être gardé. Un vieil ami, qui travaillait dans la même branche qu’elle – le genre à qui l’on ne peux rien refuser, avait-elle prit le soin de préciser – avait un fils qui se prétendait acteur. Il jouait comme une enclume, mais étant donné la position de son père, personne n’osait le lui dire. Ce fils- dont je préfère taire le nom – devait se rendre à une cérémonie réunissant le gratin du monde du cinéma. Ayant échappé à une tentative d’assassinat, son père nourrissait de fortes inquiétudes quant à la sécurité de son rejeton. Ses garde du corps s’étant fait pulvériser dans l’attentat qui avait failli lui coûter la vie, il s’était tourné vers Tornade afin qu’elle lui procure quelqu’un de digne de confiance et de suffisamment pro pour assurer la sécurité de son fils à cette soirée. Et bien évidemment, elle avait pensé à moi. Il y avait de quoi se sentir flatté, non ? Bien sûr, elle aurait pu demander à Tonio mais pour lui, assurer la sécurité de quelqu’un consiste à le balancer dans le coffre de sa voiture et à s’asseoir dessus en attendant l’ennemi avec une grenade dans chaque main. Toute la délicatesse du poète, ce Tonio. Elle avait conclu en précisant que le fils de son ami devrait être traité avec tous les égards dû au rang de son père, et ce malgré sa forte propension à la condescendance. J’aurais dû chercher ce mot dans le dictionnaire au lieu acquiescer bêtement. Pourtant, j’aurais dû m’en douter, il y a con dedans.
Pour revenir à cette soirée, j’étais donc là, a me faire insulter par Dont-Je-Préfère-Taire-Le-Nom, sans pouvoir répliquer. En temps ordinaire, ce n’est pas que je sois très éloquent, vous imaginez bien, mais je connais d’autres moyens bien plus parlant que les mots pour répliquer. Comme s’il ne s’était pas assez foutu de moi, il ajouta : «  Au moins, t’as eu le bon goût de mettre des fringues passe-partout. On ne risque pas de te repérer. C’est sûr que fringué comme ça, on va avoir du mal à ne pas te confondre avec un journaliste. Elle ne te paie pas ta patronne ? »
Mon majeur s’est dressé dans la poche de mon pantalon. Là, je l’avais mauvaise. C’était le costard le plus cher que j’avais.
Ensuite, il a chuchoté quelques mots à l’une des deux poufs qui l’accompagnaient et logiquement, la pouf a pouffé.
J’allais m’envoyer deux, trois litchis, histoire de me détendre lorsque, l’autre m’a foudroyé du regard.
« Non mais qu’est-ce que tu fais là ? Tu ne  veux pas une sucette, non plus ? Ecoute-moi bien. Quand on bosse pour moi, on se comporte en homme. On fume, on boit du whisky et on mâche du chewing-gum. C’est tout. Non mais c’est quoi ces manières de gonzesse ? »
J’ai rangé mes litchis en me disant que décidemment, ce boulot s’avérait bien plus pénible que prévu.
« Bon, a t’il conclu, tu reste deux mètres derrière moi, tu fais ton boulot et pas de vague. Je suis connu dans le milieu du cinoche. Et une fois que l’on sera là-bas, t’évite les flashs. J’ai pas envie de retrouver ta tête à coté de la mienne demain dans les journaux. Tout de même, ils auraient pu m’envoyer quelqu’un qui fasse un peu plus Steven Seagal… »
Condescendant ? Un parfait connard, oui.
Lorsque nous sommes arrivés devant l’entrée du palace où devait se tenir la cérémonie, j’ai mesuré l’ampleur de la tâche qui m’incombait. Il y avait des centaines de gens. Des flics, des photographes, des badauds. N’importe qui pouvait être un collègue à qui on avait demandé de propulser mon client au paradis des parfaits connards. Je lui ai collé au train, la main crispé sur la crosse de mon 9 mn dissimulée sous ma veste, les yeux virevoltant dans toutes les directions. J’ai même failli descendre un type qui fouillait dans sa poche revolver à la recherche de son téléphone. Je sais, sans mes litchis, je ne vaux pas grand-chose. Une fois à l’intérieur, j’ai pu souffler un peu. Il y avait peu de chance que l’on tente quoique ce soit ici. C’était trop fliqué. Dont-Je-Préfère-Taire-Le-Nom s’est assis dans le fauteuil qui lui était attribué, et a taillé le bout de gras avec ses voisins en attendant le début de la cérémonie. En fait, le monde du show biz n’est pas si différent du mien. Eux aussi, se font passer pour ce qu’ils ne sont pas en attendant que l’autre ait le dos tourné pour le descendre. Seulement, eux, ils le font gratuitement.
J’ai passé toute la cérémonie l’œil au aguets sans rien déceler de suspect. Putain, ce que j’avais envie de litchis !
C’est sur le chemin du retour que ça s’est gâté.
Alors que ce parfait connard (et j’insiste bien sur le parfait) montait dans sa voiture ( un aspirateur à gonzesses qui devait coûter l’équivalent du P.I.B du Chili) que mon instinct m’a alerté. On écoute toujours notre instinct, nous, les tueurs de gens. J’ai viré le chauffeur et me suis mis à sa place, Puis j’ai démarré, direction le Fu Fun, une boite de nuit à la mode. Ducon, en pleine séance de pelotage sur le siège arrière avec une morue aussi bonne que conne, n’avait même pas remarqué que j’avais échangé ma place avec son chauffeur. Tout ce qui l’intéressait était de savoir quand il pourrait mettre le berger dans la crèche. Un coup d’œil dans le rétro a suffi  pour confirmer mes craintes. On était suivi. Je me suis appesanti un peu plus sur la pédale de l’accélérateur. Ils nous ont collé au train. D’après ce que je distinguais, ils étaient quatre et trois d’entre eux tenaient ce qui ressemblait furieusement à des fusils d’assaut. Je le sais, j’ai les même à la maison. J’ai écrasé le champignon et le compte-tours s’est fait une frayeur. J’ignore combien il y avait de bourrins sous le capot, mais elle en avait dans le sac, cette bagnole. Bien sûr, l’autre à trouvé à redire ; « Mais qu’est ce que tu fous ? Tu veux nous tuer ? » Il l’a bouclé lorsqu’un pruneau est venu éclater la vitre arrière. Du coup, c’est sa morue qui s’est mise à hurler. Là, je suis passé en mode autodéfense. J’ai posé les mains du chauffeur sur le volant et je me suis retourné avec mon calibre en main. Dont-Je-Préfère-Taire-Le-Nom a tout juste eu le temps de se baisser. Ma première balle (la balle de chauffe, comme on dit dans le métier) a touché un phare. La seconde est allée se loger dans l’œil du conducteur. Du coup, il a dû avoir quelques problèmes de visibilité car sa voiture est allée s’enrouler autour d’un poteau. Je ne me suis pas arrêté pour aller leur porter les premiers secours. Je sais, c’est moche de ma part. Ensuite, j’ai repris les commandes du bolide pendant que la blondasse essuyait le vomi de son Roméo. Il avait des éclats de verre dans les cheveux  et son visage portait de fines entailles. Il avait l’air encore plus moche que d’habitude, et  vraiment furax. Il m’a hurlé de m’arrêter, tout de suite, et de dégager. Je me suis exécuté, bien que j’eusse préféré l’exécuter, lui. Il est sorti après moi. «  Espèce de malade, t’as failli nous tuer avec ta conduite de psychopathe! Et ma caisse, regarde ce que t’as fait de ma caisse ! Non mais regarde ! »
A part une rayure de deux mètres sur quarante centimètres de haut, quelques ailes enfoncées, un capot froissé et un par-choc manquant, elle était nickel, sa caisse. Ah, oui, il manquait des phares aussi. Mais que voulait-il ? J’avais dû frôler de trop près certaines voitures afin d’éviter une pluie de bastos. C’était déjà miraculeux que nous soyons en vie. Lui ne voyait pas les choses de cette façon : « Espèce de mongolien, t’es viré ! Tu m’entends, t’es viré ! Allez, dégage, je ne veux plus jamais revoir ta tête de demeuré! » Comme je n’obtempérai pas, le parfait connard s’est mis à insulter ma mère. Il ne mesurera jamais à quel point, à cet instant, il fut près de se raidir dans le trépas, comme on le dit dans les livres. J’ai préféré partir avant de lui vider un chargeur tout neuf dans la narine. Décidemment, je me préférai dans le rôle de l’ange de la mort plutôt que dans celui de l’ange gardien.
Ma vengeance, je l’ai eu trois semaines plus tard, en lisant les journaux. Dans un encart, on écrivait qu’on l’avait fait sauté avec sa nouvelle voiture alors qu’il sortait de la planque d’où il se terrait, depuis sa dernière tentative d’assassinat. Personne ne savait qui avait donné aux tueurs les informations concernant la localisation de ce lieu tenu ultra secret. Moi, j’avais ma petite idée.
Et puis entre collègue, il faut bien s’entraider, de temps en temps.
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Ma mission paraissait pourtant simple. Le Bon Dieu avait décidé de rappeler en son sein l’une de ses créatures et l’on m’avait chargé de lui filer un coup de main. Jusqu’à là, rien d’extraordinaire. Un contrat comme j’en avais déjà exécuté des centaines. Mais là où cela se compliquait, c’était que mon client était russe, particulièrement bien protégé parce que champion d’échec.

Je m’explique:

De passage en France pour quarante-huit heures, ma cible, Igor Alexandrovitch Vaciluis Tallovitch Koïrtchnov, dit « Le Russe » pour se simplifier la vie, devait disputer une partie d’échec avec le gagnant d’un tournoi de renommée mondiale. Après avoir étudié la question, j’en ai déduit que le moment où il serait le plus vulnérable serait face à son adversaire. C’est à ce moment-là que j’avais décidé d’agir. Ce plan aurait été au poil s’il n’y avait pas eu un unique mais tortueux problème. Pour me retrouver face à lui pour disputer une partie, il me fallait participer au tournoi et ,c’est là que cela devient tortueux, le gagner.

Soyons clair, à la base, mes connaissances en matière d’échec se résument à peu de choses. Je sais que c’est un jeu pratiqué par des vieux à lunettes, que le peu de filles qui s’y adonnent ne sont pas des plus affriolantes,  que cela se joue avec des pièces en bois et qu’à un moment, il faut dire « échec et mat. » Statistiquement parlant, j’avais plus de chance de gagner le Prix Nobel de la Paix qu’un tournoi d’échecs. Alors que faire ? Baisser les bras ? Bon nombre de gars dans la profession vous auraient déclaré que cette mission était impossible. Mais je n’étais pas  « bon nombre de gars dans la profession. » Qu’on se le dise ; ce n’est pas une balle dans le bras qui me fera plier les genoux, moi. Ou un truc comme ça. Si l’on avait fait appel à mes services plutôt qu’à ceux de n’importe quel bras cassé, c’est justement parce que l’impossible, c’était mon rayon. J’avais flingué deux présidents, ratatiné un parrain de la mafia, dézingué des militaires surentraînés, des hommes d’affaires surprotégés. J’étais capable de me dissimuler derrière une allumette, d’être aussi léger qu’un papillon avec le ventre vide, aussi rapide qu’un guépard sous coke. Chaque matin, je me douchais sous du plomb en fusion et le soir, je m’endormais en comptant mes cicatrices. Dans ce milieu, il y a les besogneux et les artistes. Je fais parti de la seconde catégorie, et c’est pour ça que l’on m’avait embauché.

Alors j’ai bûché. Je me suis avalé des dizaines de livres tous aussi soporifiques les uns que les autres sur les échecs, j’ai acheté des revues, des DVD, j’ai joué des centaines de parties pour être prêt. Lorsque j’ai réalisé au bout de trois mois qu’à 6 ans et demi, le fils de mon voisin continuait à me mettre trempe sur trempe, je me suis dit qu’il fallait que je change de tactique.  (Avant de partir de chez lui, j’ai cassé un vase et tout fait pour que ses parents l’accusent. Pt’it con, va ! )

Alors je me suis mis à m’intéresser très sérieusement à mes futurs adversaires…

 

Passons directement au tournoi.

Le premier fut assez conciliant. Alors que notre partie avait commencée depuis une quinzaine de  minutes et qu’il possédait deux fois plus de pièces que moi, j’ai joué un coup que l’on ne trouve dans aucun manuel. Le coup du « je caresse amoureusement  le canon de mon flingue. » Il a tout de suite compris le message. Il a couché son roi en signe d’abandon, déchiré en petits morceaux la feuille sur laquelle il avait noté la partie et a filé sans même prendre sa veste. A mon avis, on ne devrait pas disputer de tel tournoi lorsqu’on est aussi émotif.

Le second fut un peu plus long à comprendre. Il alla même jusqu’à appeler  l’arbitre en m’accusant de vouloir tricher. Lorsque l’arbitre s’est pointé, me demandant de m’expliquer, je n’ai eu qu’à lui tendre un petit bout de papier plié en deux. Une fois lu, et après être passé par toutes les couleurs, c’est d’une voix vibrante d’indignation qu’il accusa mon adversaire de calomnie : «  Si ce n’est pas honteux d’accuser ainsi  un brave homme, muet de surcroît ! Monsieur, vous êtes indigne de ce tournoi ! Je vous disqualifie sur le champ ! » Trente secondes plus tard, les gros bras du service d’ordre l’empoignaient et le jetaient dehors. Pourtant, il n’y avait pas grand-chose sur ce bout de papier. Juste son adresse, celle de ses parents, de sa maîtresse, de l’école de ses gosses ainsi que leurs heures de sortie. Je voulais y rajouter une tête de mort mais je crois que j’ai bien fait de m’abstenir. Premièrement, il a très bien compris le message , ensuite, j’aime la simplicité. Une lettre de menace dépouillée de toute fioriture peut être aussi belle qu’un haïku.

  Pour le troisième, j’ai expliqué à mon adversaire la nouvelle règle que je venais d’improviser. La règle du « une pièce/un doigt .» On peut l’expliquer ainsi: «  toute pièce capturée à un adversaire possèdant un couteau à dépecer les éléphants se verra sanctionné par la perte de l’un de ses doigts. » Et devinez ce que je tenais sur mes genoux ? Il est amusant de constater qu’il suffit parfois d’un tout petit changement dans un règlement pour que de grands champions se fassent battre par des néophytes.

Celui d’après, c’était un gosse. Les échecs sont l’un des rares jeux où un morveux  surdoué peut rivaliser avec des champions. N’empêche, ça reste un morveux. Là aussi j’avais préparé mon coup. Avant de m’asseoir en face de lui, j’avais pris soin de lui subtiliser son doudou fétiche – un espèce d’ours en peluche qui avait été traîné sur des kilomètres de parquet. - Alors que le gniard  poussait sa première pièce avec dans les yeux l’insolence de celui qui non seulement va vous écraser mais en plus vous humilier, je lui ai tendu un petit paquet. Il l’ouvrit, tout content de recevoir un cadeau. Sa joie fut de courte durée lorsqu’il en sortit le bras arraché de son nounours. A deux doigts d’exploser en sanglots, il s’aperçut qu’il y avait un petit mot au fond du paquet. Il le lut. «  Si tu ne tiens pas à recevoir par la poste des petits bouts de ton copain, abandonne. Et ne va pas te mettre à chialer sinon je te kidnappe et te torture en t’obligeant à faire dictée sur dictée. » Tout môme qu’il était, il a été très compréhensif et n’a pas fait d’histoire.

Le dernier, je l’ai eu comme les autres. Tout en douceur et en persuasion. Vers la fin de la partie, je fis tomber maladroitement une pièce dotée d’une couronne sur la tête. Gentleman, mon adversaire se baissa pour la ramasser. Lorsqu’il se redressa, son regard incrédule passa de moi, à ce qu’il avait ramassé. Ce qu’il tenait dans la main n’avait rien d’une pièce en bois dotée d’une couronne sur la tête. Ca avait la forme d’un gros œuf noir quadrillé, percé en son sommet d’une fine tige relié à un anneau communément appelée goupille. Même en n’étant pas artificier, nul n’aurait pu se méprendre quant à son utilité. Il abandonna la partie, me permettant de gagner le tournoi. Mon plan se passait à la perfection.





        Lorsqu’on me fit entrer dans une salle à part, pour la rencontre qui devait m’opposer au Russe, je perçus immédiatement le changement d’atmosphère. La pièce était lourdement chargée en testostérone. Bien que seul à sa table, à une dizaine de mètres autour du champion se trouvaient les pires sales gueules de l’histoire de la pègre. Taillés comme des tanks, des mâchoires à mâcher du silex, des bosses suspectes qui déformaient leur costard au niveau de la ceinture et de la poche revolver, ils semblaient prêts à vous sauter à la gorge au moindre claquement de doigts. Avant toute chose, je me suis enfilé quelques litchis. Chacun son décontractant.

Ensuite ils m’ont palpé, puis re-palpé, puis passé au détecteur de métaux avant une dernière fouille. Ce n’est pas l’envie qui leur manquait de m’injecter une dose de Penthotal, mais leur patron semblait s’impatienter. Je l’ai salué et me suis assis face à lui. J’ai sorti tout-dou-ce-ment mon stylo de ma poche, histoire d’éviter une méprise, ai rempli ma feuille de partie et nous avons débuté le match. Au bout du deuxième coup, j’étais déjà foutu. J’en ai joué deux de plus, histoire de me donner une certaine contenance puis j’ai abandonné. Son regard affichait toute la déception et le mépris qu’il ressentait pour avoir joué avec un si piètre adversaire. Pour ne pas le peiner davantage, je lui ai caché qu’en plus d’avoir jouer avec le roi des guignols, cette partie était la dernière qu’il jouerait en ce bas monde.  Je sais, j’ai bon fond.

Il m’a chassé d’un mouvement dédaigneux de  la main et m’a baragouiné quelque chose qui j’imagine, avait attrait à ma mère ainsi qu’à ses activités nocturnes et licencieuses. Je me suis tiré sans demander mon reste.

Une fois ma voiture regagnée, je fouillai dans ma boite à gant et en sortit un petit boîtier noir muni d’une courte antenne. J’appuyai sur l’interrupteur de l’objet. Le stylo que j’avais laissé sur la table de ma victime explosa. Ni lui ni aucun de ses garde du corps n’en réchappèrent.

Tout champion qu’il était, c’est moi qui l’avais mis échec et mat.

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C’est en descendant de ma voiture qu’une petite ampoule rouge s’est mise à clignoter furieusement dans ma tête, pendant qu’une voix intérieure me hurlait : «  Warning warning ! Emmerdes à 12 heures ! » Je sais, cela peut paraître un peu cliché la lumière rouge qui s’allume avec la sirène. D’ailleurs j’ai sûrement dû prendre l’image dans un dessin animé mais pourtant, c’est comme ça que mon instinct fonctionne. Dès qu’il y a suspicion d’embrouilles, j’ai droit à la loupiotte qui pulse comme un gyrophare.  La première fois que j’ai eu ce genre de vision, c’était peu  avant d’aller descendre un gars, sensément sans défense. Il habitait seul dans une cabane perdue dans la forêt. En posant la main sur la poignée de la porte, ce même sentiment m’avait envahi. Mon instinct tentait de m’avertir d’un danger et comme je ne suis pas des plus fins en matière d’interprétation métaphorique, il n’avait pas fait dans la dentelle. Moins subtil que ça comme avertissement, il ne restait que l’évanouissement.

Grand bien me prit de ne pas foncer tête baissée car toute la baraque était piégée. J’ouvrais la porte et il ne restait plus de moi que de la compote de tueur de gens. Ma cible, me sachant à ses trousses, avait décidé de se faire sauter avec son assassin. Il y a de ces tordus, je vous jure… ! Et puis égoïste en plus. Je l’ai eu tranquillement, au fusil à lunette, planqué à un kilomètre de là. Bien fait pour lui ! Oui, je sais, c’est pas très chrétien de se réjouir de la mort de son prochain. M’en fout, je ne crois pas en Dieu.

Au cours de ma carrière, plusieurs fois cette vision m’est apparue pour me sauver la vie, ou tout au moins pour me prévenir d’une mine d’emmerdements. Peut-être qu’avec le temps, je ne verrais plus qu’une petite diode faiblarde accompagnée d’une suite de Bach pour violoncelle mais en descendant de ma voiture ce matin-là, j’eus le droit à la totale.

Déjà, la porte du Waldo’s Bar était grande ouverte et l’autre branque de Tonio absent. Le waldo’s Bar, c’est là où je rencontre ma patronne et l’autre branque de Tonio, c’est un branque. C’est lui qui doit filtrer les entrées. J’ai sorti mon flingue et trois roulades plus tard, j’étais à l’intérieur. C’était le bordel. Des tables étaient renversées, des bouteilles brisées, des tabourets cassés. J’entendis un gémissement derrière le comptoir et sautais par-dessus, prêt à faire parler la poudre. C’était Tonio.

Il était allongé et certains de ses membres formaient des angles que l’on ne pouvait concevoir que dans un dessin animé. Je n’ai jamais eu beaucoup d’affection pour ce guignol (en fait, je le détestais franchement) mais je dois avouer que là, j’ai eu pitié de lui. On lui avait fait un ravalement de façade à base de  batte de base-ball. Déjà qu’en temps ordinaire il n’était pas très beau… Tout en crachant des bouts de dents, il m’avait expliqué ce qui s’était passé.

Des types du genre coriace étaient entrés et avait tout cassé, lui y compris. Ensuite, ils avaient attaché Tornade et l’avaient enlevée. Rien que de penser que ces salauds avaient touché ma patronne pour l’attacher me donnait envie de mordre. Alors imaginez ma réaction pendant que je l’imaginais captive d’une bande de fêlés de la démolition.

Je vous aurais tous tué.

J’ai fracassé les rares bouteilles encore intactes et j’ai shooté dans un tabouret qui a fini sa course à deux centimètres de ce qui restait de tête de Tonio. Quel incapable aussi ! A quoi servaient les 100 kilos de muscles qu’il s’était fait pousser en salle de muscu ? Je lui aurais bien claqué le beignet mais vu son état, il ne s’en saurait même pas aperçu. Juste avant de s’évanouir, il me lâcha l’info ; C’était les Burowski qui avaient fait le coup.

Le commerce du meurtre fonctionne comme n’importe qu’elle commerce, à une exception près. Lorsque la concurrence fait rage, un commerçant ordinaire descend ses prix. Dans mon milieu, c’est le concurrent que l’on descend. Les Burowski essayaient de s’implanter sur le marché depuis deux ans et n’y arrivant pas, avaient décidés de s’attaquer à la concurrence. Les inconscients. Ils ignoraient qu’il y avait deux personnes à travers le monde auquel il ne fallait pas toucher. Ma mère et ma patronne. Je savais où se tenait leur QG mais avant d’aller faire ma petite O.P.A hostile et sauvage, Je décidai d’aller rendre une visite à Boubou.

Boubou est le type le plus dangereux que je connaisse. Ancien mercenaire, un éclat de grenade avait finit sa course sous sa boite crânienne, ce qui le rendait aussi instable que de  la nitro. Un conseil, si un jour vous le croisez et le frôlez d’un peu trop près, n’allez pas perdre votre temps en de humbles excuses : Courez. Heureusement, il m’avait à la bonne après un service que je lui avais rendu, mais malgré ça, je ne lui tournais jamais le dos.

 Alors, pourquoi avais-je besoin de le voir ? Parce que c’était  le meilleur fourgue que je connaisse en matière d’artillerie lourde.

Lorsque je lui fis part de mes ennuis, il se proposa spontanément pour me filer un coup de main. Non merci. Je n’avais pas envie de faire sauter tout un quartier. Ce qui me fallait, c’était juste quelque chose d’un peu plus conséquent que mon 9 mm. Il me regarda une minute pensivement avant de déclarer: « J’ai ce qu’il te faut. » Il revint avec une mallette d’un mètre cinquante. Il l’ouvrit et me dit, la voix vibrante d’émotion : 

 «   C’est un 50 léger, modele82-Al. Treize kilo quatre. Un peu lourd mais terriblement efficace. Ca te cisaille un arbre de 75 cm de diamètre d’une seule rafale. La crosse est en fibre de carbone tressé et Kevlar. Son recul te foutrait des hémorroïdes à un éléphant mais il est heureusement absorbé par un frein de bouche en poivrière et une tripotée de plaques de couche anti recul. C’est le fusil d’assaut préféré de l’élite des SEAL de la Navy.  Une pure merveille. »

Son prix était aussi réservé à l’élite.

«  Tiens en cadeau, si tu me le prends,  je t’offre un gilet pare-balles dernier cri – le NX 45- plus mille cartouches standards et cinq cent SLAP, à pénétrateur de blindage léger à sabot. »

Devant un tel geste commercial, j’ai craqué et ai cassé ma tirelire. Avec un peu de chance, je pourrais passer ça en note de frais.

Une fois devant le QG des Burowski,  je me suis demandé comment j’allais faire pour rentrer. Le plus simplement du monde, en sonnant à la porte. Un gorille m’a ouvert et dévisagé. « C’est toi qui viens pour les pizzas ? Mais elles sont où, tes pizzas ? » J’ai pas eu le courage de  lui faire part de sa méprise et ai frappé directement à la pointe du menton avec la crosse de mon nouveau joujou. L’avantage avec l’alliage Carbonne/Kevlar, c’est que cela rend la crosse indéformable. J’ai pu y aller de bon cœur. Ensuite, j’ai suivi un long couloir pour arriver devant une lourde porte métallique, gardée par trois molosses. Tous molosses qu’ils étaient, ils n’ont pas fait les marioles en voyant l’engin que je trimbalais. Il y en eut bien un qui a essayé de broncher mais je lui en ai collé une dans la mâchoire. 45 secondes plus tard, j’avais fait place nette.

Derrière cette porte si bien gardée se trouvait Tornade. je le sentais. S’ils lui avaient fait le moindre mal, j’allais les pulvériser. De toute façon, c’était dans mes intentions, quoi qu’il arrive.  J’ai inspiré longuement, fait le vide  et me suis préparer à livrer un difficile combat.  J’ignorais combien ils étaient là-dedans mais je les imaginai nombreux et sévèrement artillés. 3,2,1, j’ai fait voler la serrure  et ouvert la porte d’un coup de tatane.

De toute mon existence, je crois que jamais je n’ai été aussi surpris.

Alors que je m’attendais à me faire accueillir par une pluie de bastos, rien. Le silence. Au milieu de la pièce, paisiblement assise dans un fauteuil, ma patronne me souriait. Autour d’elle, cinq corps. J’émis un sifflement admiratif. Elle avait couché cinq lascars du type plutôt dangereux alors qu’elle était seule, désarmée et possédait des poignets aussi délicats qu’une flûte en cristal.  S’il existait davantage de patrons aussi compétent dans leur domaine que Tornade, le pays irait bien mieux, croyez-moi. Je n’ai pas osé lui demander comment elle avait fait. Chacun ses secrets. De toute façon, je suis muet. Elle n’aurait rien entendu. Elle m’a fait signe d’approcher. C’est ce que j’ai fait. Elle m’a dit  qu’elle appréciait mon geste. Une telle tentative pour la délivrer était héroïque. A mon avis, elle n’avait  besoin de personne mais je l’ai fermé. Toujours le même problème.

« Je tiens à te remercier pour ça », me dit-elle d’une voix particulière. Et là, je reçus la plus belle récompense de mon existence. Plus somptueuse encore qu’une palette de litchis ou qu’un Mc Millan MI-978 R avec visée infra rouge x 10. Elle m’embrassa. Sur la bouche. Je saisis à cet instant tout le sens du mot douceur. J’en vins presque à espérer qu’elle se fasse enlever une autre fois. Mille autres fois.

Dans la voiture qui nous ramenait, elle me parla de refaire le bar dans un ton plus moderne mais je ne l’écoutais pas. D’ailleurs je n’étais même pas là. Je volais.

Quelqu’un a dit un jour que l’action était plus importante que le fruit de l’action. Celui-là n’a jamais reçu un baiser de Tornade, ma patronne.  

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Tout comme un mécanicien sait reconnaître une calèche au bruit de son moteur, grâce au reflet, dans la vitrine, je n’eus aucun mal à reconnaître ce petit point rouge qui se baladait autour de ma tête :

Lunette à visée infrarouge de chez Stanberg, sûrement le modèle à grossissement x7, avec un champ de vue 28° et un ajustement dioptrique de 5 ; le fameux Death Night. Quant au fusil sur lequel elle était montée, il aurait fallu que j’entende le son de la détonation et que je vois l’impact du projectile pour en déterminer le modèle.

La curiosité a des limites. La mienne atteint les siennes lorsqu’il s’agit de sauver sa peau. J’ai plongé en entendant une bastos me siffler à l’oreille. C’était du gros. J’allais être bon pour un acouphène. Après un roulé-boulé des plus disgracieux, je me suis planqué derrière une voiture en stationnement. Si je voulais continuer à écrire mes mémoires, il fallait que je dégage au plus vite de ce champ de tir. De voiture en voiture, j’ai progressé jusqu’à me cacher dans l’encoignure du porche d’un immeuble. Deux coups de latte plus tard, la porte de l’immeuble cédait et je grimpais les marches de l’escalier sous les cris outrés de la concierge. Arrivé au dernier étage, j’ai repéré une trappe au plafond. Je m’y suis hissé et ai atterri sur le toit de l’immeuble. Vu de là-haut, la rue paraissait calme. Je me suis discrètement calé derrière une cheminée. Il fallait que je réagisse.

Premièrement, s’enfiler quelques litchis, le meilleur antianxiogène que je connaisse. Ensuite, faire le point.

Donc : on venait de me tirer dessus alors que je me baladai dans un quartier plutôt tranquille. Le gars qui avait tenté de me faire un nouveau plombage n’avait rien d’un amateur. Il avait dû se casser le cul pour savoir que je passerai par là. Son arme aussi, pas un flingue de rigolo. Donc un pro. Il m’avait loupé donc, pas si pro que ça. On va dire un jeune pro. Ou un pro atteint de Parkinson. Sa motivation ? Une vengeance, un contrat, un type particulièrement susceptible  que j’aurais offensé ? Tout est possible, on croise tellement de cinglés de nos jours. Vu l’angle de tir, le tireur devait se trouver en hauteur, dans un angle sud-sud-est par rapport à ma position. Donc…par là. J’ai sorti un bout de nez de mon abri et j’ai regardé dans cette direction.

Si mon tueur avait été un vieux brisquard, déjà il ne m’aurait pas loupé, ensuite, il n’aurait pas commis cette erreur pourtant classique. C’est ce que je pourrai me tuer à dire si je n’étais pas muet : toujours passer le canon de son arme au noir de fumée lorsque l’on veut sniper. C’est un éclat de soleil sur son canon qui m’a permis de le repérer. Il se tenait derrière une fenêtre, au cinquième étage d’un immeuble, à trois cents mètres de là à vol de piaf. Il m’attendait, persuadé que j’allais sortir par la grande porte. Troisième erreur. Je me suis faufilé de toit en toit comme un ninja croisé avec une sauterelle pour me retrouver de nouveau dans la rue, cinq cents mètres plus loin.

Deux possibilités. Petit a : Je m’estimai heureux de ne pas avoir à bouffer de la pierre pendant une éternité en enfer et rentrai bien sagement à la maison préparer un plan d’action.

Petit 2 : j’allais immédiatement trouver ce fils de pute et lui faire passer l’envie de tirer sur d’honorables tueurs de gens !

Devinez quelle option j’ai choisi ?

 La patience n’a jamais été l’une de mes vertus et j’ai toujours été un farouche partisan de la loi du talion. Yeux pour œil, mâchoire pour dent. Que voulez-vous ? Je n’ai jamais supporté de me faire tirer dessus.

Il m’a fallu moins de cinq minutes pour entrer dans l’immeuble de mon sniper. D’après ce que j’avais vu, il devait se trouver au cinquième étage. Je grimpais les marches aussi furtivement que l’ombre d’un sioux. Trois portes. Celle de gauche devait donner sud sud-est. Je vissai mon silencieux et fit sauter la serrure ; bonne pioche. Mon gars, toujours l’œil collé à sa lunette se retourna, surpris. Afin d’éviter toute discussion inutile, je lui en collais une dans le genou. Les présentations faites, je le saucissonnai avec les rideaux. Maintenant, on pouvait discuter. Enfin, surtout lui. Je n’eus rien à lui demander, il se mit à table de lui-même. C’est dingue ce que la perspective de finir cul-de-jatte peut rendre loquace. Après les supplications d’usage, il me lâcha le morceau. C’était un jeunot dans la profession et comme mise à l’épreuve, on lui avait demandé de liquider un tueur. Comme test d’embauche, ses employeurs y avaient été un peu fort, je trouve. De plus, pas de chance pour lui, il était tombé sur moi.  J’ai regardé mon arpette du crime qui n’avait plus rien d’un criminel. Ses yeux étaient baignés de larmes et il était sur le point d’appeler sa mère.

Je ne suis pas pour briser les vocations mais il fallait bien lui expliquer qu’il s’était trompé de voie. Son conseiller d’orientation s’était foutu de lui. Pourquoi n’avait-il pas fait… je ne sais pas…plomberie à la place. C’est bien ça, plomberie. Et puis ça évite de se retrouver un jour avec un genou en moins et un pétard sur la tête. Comme je ne pouvais pas lui expliquer de vive voix, je me suis expliqué autrement.

Avec mon silencieux, personne n’a rien entendu.

Avant de partir, j’ai jeté un œil sur son matos. Gagné, c’était bien une lunette «  Death Night. » Je l’ai embarqué ainsi que le flingue sur laquelle elle était vissée. Trésor de guerre. Cela me serait d’une grande utilité lorsqu’il me faudrait aller expliquer à certains patrons qu’il ne faut pas demander l’impossible à leurs subordonnés.

C’est moche le bizutage.

                                           

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Grâce à une recette trouvée sur le net, je n’eus aucun mal à faire sauter la porte. C’est Bazook, sur le forum de jexplosetout.com qui m’avait communiqué la recette de cet explosif. Quand on dit qu’internet rend con, ça me fait doucement marrer.

Une fois la porte à terre et avant que la fumée ne se soit dissipée, je fis irruption dans le bureau de ma cible. 32e étage, murs insonorisés, lignes téléphoniques arrachées, parfait. A l’intérieur, deux hommes. Ma cible et son garde du corps.

Un coup d’œil à ma victime me fit sentir que quelque chose clochait.

Comprenez-moi bien. D’habitude, lorsque je pénètre sans y avoir été invité chez quelqu’un avec un flingue en main et en réduisant sa porte en confetti, je m’attends à un certain type de réactions : panique, surprise, colère, abattement, etc. Alors que là, que dalle. C’est tout juste s’il daigna lever la tête du dossier qu’il consultait, confortablement assis derrière son bureau. Je ne devrai pas l’avouer, mais ça m’a vexé. Négligemment, comme s’il demandait à son garde du corps de fermer la fenêtre, il claqua des doigts en ma direction. Le message à son homme de main était clair : occupe-toi de lui.

C’était un Asiatique, avec une longue queue de cheval et un visage totalement inexpressif. Il marcha vers moi avec une félinité qui aurait dû m’alerter. Il ne manquait pas de couilles, le zigue. S’avancer vers un tueur armé alors que lui ne l’était pas, ça, c’est être sévèrement burné. D’autant plus qu’il faisait un mètre cube de moins que moi. Burné ou suicidaire. Quoi qu’il en soit, c’était une erreur et j’allais lui démonter. Je levai mon arme et visai son front. Il continua à avancer jusqu’à ce que le canon de mon pétoire vienne lui effleurer les sourcils. Toujours aucune expression sur son visage.

Après, je n’ai plus rien compris.

Alors que je commençai à presser la queue de détente, j’ai senti une vive douleur au poignet et la seconde d’après, je me retrouvai le cul par terre. Mon adversaire m’avait désarmé à une vitesse légèrement supérieure de celle de la lumière.

- Ha, j’ai oublié de te présenter, dit ma cible, soudain intéressé par la scène. Voici Chen. Il a grandi dans un temple ninjutsu et après avoir terrassé tous ses maîtres, il a émigré ici où je l’ai pris à mon service. Il maitrise 17 arts martiaux et peut réduire en copeaux un baobab avec son auriculaire. Chacun de ses membres est une arme de destruction massive. Chen, montre-lui.

Alors que je me relevai péniblement, il jeta mon arme, indigne de son talent, et me balança un atémi qui m’émietta quelques côtes. Il frappait dur, le salaud. J’eus l’impression de m’être fait emplafonner par un poids lourd. Je comprenais mieux pourquoi son patron avait l’air si tranquille.  Avec un garde du corps comme ça, il pouvait dormir sur ses deux oreilles. Quoi qu’il en soit, je n’avais pas l’intention de me laisser faire. J’avais un boulot à finir et une humiliation à sanctionner. Tout maître de machin jutsu qu’il était, il devait avoir un point faible. Et comme chez tous les hommes, il se situait sous la ceinture. Malheureusement, mon pied n’atteignit jamais ses couilles. Devinant mon coup de tatane, il me balaya avec une facilité déconcertante. Une fois de plus, je me retrouvai à embrasser la moquette. Il commençait à me les briser menu-menu, Bruce Lee ! J’attrapai une chaise avec l’intention de la lui écraser sur le coin du menton. Il contra avec son avant-bras et la chaise se disloqua sans qu’il n’émette la moindre plainte.

Ensuite, je vous passe les détails. Tout tueur que je suis, j’ai aussi mon amour propre. Tout ce que je peux vous dire, c’est que j’en ai bavé. Son patron semblait prendre un certain plaisir à me voir déguster. Il applaudit même lorsque son sbire me déboita la mâchoire d’un coup de pied retourné sauté. Alors que, titubant, je me retrouvai face à mon adversaire, dans l’attente d’un nouveau mawashitsunami , un souvenir resurgit. Une technique de combat que je n’avais pas utilisée depuis mes quinze ans. A l’époque, elle m’avait permis de venir à bout de Serge Duclos, 5ieme B, lutteur de son état, aussi bête que costaud.

Je tournai autour de mon Jackie Chan (mais en moins drôle) jusqu’à ce qu’il se trouve dos à la fenêtre. Ensuite, un molard en pleine tête. Il ne s’y attendait pas à celle-là ! Instinctivement, il porta les mains à son visage pour s’essuyer. J’en profitai pour lui marcher sur le pied. Puis je le poussai. Son pied coincé, il ne put rétablir son équilibre et bascula par-dessus la fenêtre ouverte. Là, il regretta toutes ses vaines années passées à apprendre à se battre. A la place, il aurait mieux fait d’apprendre à voler. Il avait beau avoir été élevé chez les tortues ninjas, il s’écrasa comme une grosse daube.

L’autre, en face, ne ricanait plus. Il adoptait enfin le type de réaction que j’attendais de l’une de mes victimes. La terreur.

Je le balançai par la fenêtre. Lui aussi eut trop peu de temps pour apprendre à voler.

Moi, je suis moins con. Pour descendre, j’ai pris l’ascenseur.

 

                                        

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Trois plombes du mat’.

Je commençai à en avoir plein les pattes de suivre cette donzelle. Elle m’avait fait traverser la ville depuis l’aube et je n’avais qu’une envie ; aller me pieuter. Mais je ne pouvais pas. C’était Tornade, ma délicieuse patronne (la seule femme avec ma mère pour qui j’arrêterai les litchis) qui m’avait ordonné de la suivre. Je ne pouvais pas la décevoir. Alors, je suivais cette nana de magasins de chaussures en parfumeries.

Cette fille était la petite amie d’un gros bonnet qui ne supportait pas la concurrence. Ni en affaire, ni en amour. Et il avait des doutes quant à sa fidélité. Vu le bolide, je me mettais à sa place. Cette fille aurait fait plier un bataillon de G.I’s d’un simple clignement de paupière. Une fille comme ça, rien que son ombre peut vous brûler la rétine si vous la regardez sans lunettes de soleil. Et moi dans tout ça, qu’est-ce que je venais faire dans cette histoire ? Je devais la suivre et m’assurer qu’elle n’allait pas folâtrer avec un quelconque gugusse. Et si gugusse il y avait, le farcir de plomb.  

Bref, trois plombes du mat et les guiboles en guimauve.

On échoua devant une boite de jazz, Le Monk. Elle entra, je la suivis. Elle me fit descendre un long escalier avant d’arriver dans une cave voutée. Là, je m’assis à une table, assez loin d’elle.  Ça sentait la clope, l’humidité, la transpiration, mais vu la foule, personne ne semblait s’en soucier. Sur la petite scène, une batterie, une contrebasse, un ampli, plus quelques pupitres. En prise avec des litchis particulièrement récalcitrants à dépiauter, je ne me suis pas tout de suite aperçu que la miss avait pris la tangente. Lorsque j’en pris conscience, je gardai mon calme. Elle ne pouvait être bien loin. J’entrepris de fouiller l’endroit. Les toilettes ? Personne. Le vestiaire ? Personne. Les loges, Bingo ! Elle était là, et en charmante compagnie. Elle embrassait à pleine bouche un type qui farfouillait dans son soutient gorge. Aucune méprise à avoir. Il y avait bien gugusse. Tous les deux avaient les yeux clos par la passion, comme on dit dans les romans que lit ma mère. Ils ne me voyaient pas. Alors que je m’apprêtai sortir mon pétoire pour lui en loger une en pleine tête, un autre type est rentré. Il m’a regardé, surpris, puis c’est adressé au gugusse :

- James, c’est l’heure. Le public attend. Faut y aller.

Je me suis tiré avant qu’il ne me demande ce que je foutais là.

Cette petite contrariété ne me chagrina pas trop. J’avais repéré ma cible et savait où elle se rendait. Ce n’était que partie remise. Qu’il monte sur scène et interprète son chant du cygne s’il le voulait. De toute façon, il ne sortirait pas vivant de cette boite. Je me suis installé confortablement face à la scène, une vodka litchi à la main, un 9 mn dans l’autre et j’ai attendu qu’il empoigne son instrument. Après cette journée de merde à crapahuter dans toute la ville, un peu de jazz ne pouvait pas me faire de mal.

Erreur Monstrueuse. La plus grosse connerie de ma carrière, même.

Lorsqu’il a commencé à souffler dans son biniou - un sax ténor qui envoyait des étincelles dans toute la pièce – je n’ai pas fait gaffe. J’aurais dû. C’est monté progressivement. D’abord une note, puis une grappe de notes et enfin, un déluge de son qui explosaient dans la réverbération naturelle de la cave. J’ai rien pu faire. Je me suis tout pris en pleine face. Cloué dans mon fauteuil, incapable de bouger, cette musique s’est introduite en moi aussi violemment qu’une roquette anti-char. Et elle a tout ébranlé. Mes certitudes, ma raison, tout ça est parti en fumée. Il n’y avait plus que ce type avec son saxo étincelant et moi, subjugué par la musique qui sortait de ses doigts. Un truc de ouf, comme disait la fille de ma voisine, Madame Aubert. C’était tellement puissant, tellement flamboyant, imprévisible que ça m’a foudroyé. Jamais je n’avais entendu quelqu’un jouer comme ça et je sais que jamais je n’aurais l’occasion d’entendre quelqu’un jouer comme lui. Comprenez-moi. Certains musiciens sont si inspirés qu’on a l’impression que leur musique monte droit au ciel. Lui, sa musique venait des cieux. Elle descendait tout droit d’une puissance céleste et venait investir ce pauvre mortel qui soudain se transformait en dieu incandescent.

A la fin du morceau, haletant, en sueur, j’aurais dû me ressaisir, mais j’ai mis trop de temps à récupérer. Ce salopard a enchaîné le deuxième morceau. Une ballade qui a fait vibrer des endroits inconnus de mon corps. Je ne devrais pas vous dire ça et je vous promets mille supplices si ça s’ébruite mais…mais…j’en ai eu les larmes aux yeux. C’était tellement beau, tellement poignant. Après les coups du morceau précédent, la caresse. Ensuite, je ne me souviens plus très bien. J’ai dû passer le reste du concert dans un état d’esprit tel que seuls quelques moines bouddhistes en fin de retraite peuvent connaître. Lorsque la dernière note s’est éteinte, j’étais bon à ramasser à la petite cuillère.

Il m’a fallu pas mal de temps pour récupérer. Une fois mes pensées réorganisées, je me suis trouvé confronté à un dilemme. Je devais liquider l’amant de la femme d’un Patron mais je n’avais pas envie de flinguer un soufflant si talentueux. Après ce que sa musique m’avait fait, j’en étais tout simplement incapable. Alors, je me suis mis à gamberger : Si le gugusse n’était plus l’amant de la demoiselle, je n’avais plus à le trucider. Mon honneur de tueur de gens serait sauf, le saxo pourrait continuer à embraser les cieux, le Patron serait content et sa poupée y gagnerait même un petit cadeau pour récompenser sa fidélité. Que demander de plus ?

Je lui ai écrit une bafouille puis je suis parti le trouver. Je l’ai chopé alors qu’il sortait des toilettes. Coup de chance, il était seul. D’une main je l’ai cloué au mur et de l’autre, lui ai planté mon flingue dans la bouche. Il a tout de suite compris que c’était du sérieux. Je l’ai lâché pour lui refiler la lettre. Il l’a lu sans respirer. A l’école, je n’ai jamais été une flèche en rédaction mais là, c’était venu tout de suite. Je lui avais énuméré les mille et un supplices qui l’attendaient s’il continuait à tourner autour de la petite. Inspiré, je m’étais lâché et n’avais pas lésiné sur les détails. J’ai toujours eu beaucoup d’imagination. 

Après un dernier regard noir pour m’assurer qu’il avait bien compris le message, je l’ai laissé se tirer, les jambes flageolantes.

Il était six du mat’ quand je suis rentré chez moi. Je me suis écroulé.  

Je suis retourné dans cette boite, quelques jours plus tard. Personne ne l’avait revu.


 

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« Qu’est-ce que je fous en pagne bariolé, un collier de coquillage autour du cou et une espèce de … chapeau ? sur la tête ? Je ne suis pas en vacance, pourtant. »

Cette question, cent fois je me la suis posée pendant cette mission. OK, le boulot, c’est le boulot mais parfois, y’a des boulot que l’on devrait refuser. Recevoir une rafale de plomb, ça, c’est un truc que je peux encaisser mais de me sentir aussi ridicule, c’est pas humain.

Cela faisait trois semaines que j’avais intégré cette « communauté » et je n’en pouvais plus. Au début, cela m’avait semblé facile, surtout lorsque l’on m’avait annoncé que je devais faire vœu de silence. Ca tombait bien, on ne pouvait pas trouver plus muet que moi. J’ai vite déchanté. La bouffe immangeable, les prières collectives qui vous bousillent les rotules, des « frères et sœurs » tous aussi ravagés les uns que les autres, et cet accoutrement de pygmée sous lequel je ne pouvais même pas planquer mon calibre. Et interdiction de manger des litchis. J’en avais plus que mon compte. Il fallait que ça se termine sans quoi, j’allais devenir violent, voir explosif.

Trikû, le Maître de la lumière silencieuse,  ( c’est comme ça qu’ils appelaient le bon dieu, là-bas), avait dû entendre ma prière car cette journée fut la dernière que j’allais passer dans cette secte.

Nous étions en séance de « purification intra subliminale dans la position du mainate boiteux», (en gros, on priait à genou), lorsque soudains, tous les disciples ce sont levés en même temps. Le Maître avait daigné faire son apparition parmi nous. Tous le regardaient comme s’il était le fils de Dieu et ça tombait bien car c’était le fils de Dieu. Thääl, le fils de la lumière silencieuse, le gardien du royaume mauve, l’Etre Amour, et je vous en passe des sobriquets à la mord-moi l’œil. Moi, je ne l’appelais que d’une seule façon : Ma cible. C’était lui que je devais refroidir et l’idée de sa cervelle décorant les murs me faisait chaud au cœur après ces trois semaines à l’attendre. Enfin il se montrait et enfin ma pénitence allait prendre fin. Je fus bien évidemment tenté de lui briser les cervicales sur le champ mais je doute que non armé, j’aurais pu m’en sortir vivant entouré de tous ces fanatiques. Patience est mère de sûreté. Ou un truc comme ça.

Alors qu’il passait entre nous, nous toisant dédaigneusement, son regard se posa sur moi. Je lui souris avec toute l’intelligence d’une groupie devant la rock star de ses rêves. Seule une moule atteint de la maladie d’Alzheimer en phase terminale aurait pu me disputer le titre de légume de l’année. Je connaissais son penchant pour la gent masculine et espérais en tirer profit. Cela marcha. Je l’entendis dire à l’un de sa garde rapprochée en me désignant : «  lui, le petit gros. »

Qu’il ait des vues sur mon petit cul, cela ne me gênait pas trop étant donné qu’il n’aurait jamais l’occasion d’y toucher. Par contre, qu’il me traite de petit gros…. C’est quand la dernière fois qu’il s’était regardé dans une glace, ce sac à merde ! C’est pas que je sois susceptible, mais j’aurais bien aimé le tenir entre quatre yeux, histoire de lui apprendre la politesse, à ce fils de pute. Patience, ça allait venir.

Son acolyte s’est alors écrié : « Le fils de la lumière silencieuse à choisi celui qu’il va, dans son immense bonté, bénir de sa clarté. Grande est sa mansuétude. »  J’ai senti tous les regards se braquer sur moi. Hé oui les gars, c’était moi le petit veinard. Je vous aurais bien laissé ma place mais croyez-moi, je n’y allais pas pour la bagatelle. On m’a ensuite oint d’une huile qui puait la tête de veau pas fraîche, purifié en me fumant comme un jambon et fait enfiler une robe qui n’irait même pas à ma grand-mère. Lorsqu’ils ont été satisfaits de ma bille de clown, ils m’ont conduit jusqu’à la chambre du Maître pour que je passe à la casserole.

Seul dans sa chambre, il m’a prié de m’étendre sur son grand grand lit et a entrepris de me masser. D’après lui, cela allait ouvrir un chakra habituellement fermé chez les hommes et qu’il prévoyait d’élargir pour pouvoir y pénétrer et décharger tout son savoir. Bref, il voulait me faire le cul. C’est son index qui m’a touché en premier et c’est donc ce doigt que j’ai d’abord brisé. Puis, pour faire bonne mesure et vider un peu la tension accumulée ces trois dernières semaines, je lui ai cassé le poignet puis le coude. Lorsqu’il s’est mis à couiner un peu trop fort, j’ai dû en finir avec un atémi dans la gorge. Alors, connard ? j’étais peut-être petit et gros mais moi au moins, j’étais vivant.

Ensuite je suis sorti et j’ai expliqué comme j’ai pu aux types qui m’avaient amené jusqu’à sa chambre qu’il fallait le laisser se reposer. Dodo, fatigué, pas dérangé.

Le temps qu’ils osent aller le déranger, j’avais déjà enfilé des fringues décentes, récupéré le flingue que j’avais planqué et regagné ma planque où je me suis fait une orgie de litchis.

P’tit gros ? Et puis quoi encore ?

Par le tueur de gens - Publié dans : Mes aventures
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